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L’amour, de la poésie à l’exigence - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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L’amour, de la poésie à l’exigence

L’amour, de la poésie à l’exigence

Cultes du dimanche 31 janvier 2015, par le pasteur Andreas lof

Lectures :

  • Jérémie 1, 4-10
  • I Corinthiens 13 ,1-13
  • Luc 4, 21-30

Ecouter la prédication :


Chères sœurs et chers frères en Christ,

Je ne crois pas trop me tromper en disant que ce célèbre texte de l’apôtre PAUL, I Corinthiens 13, qu’on appelle, l’hymne à l’amour, a été lu le jour du mariage de plusieurs couples ici présents.
Dans une célébration de mariage sur deux - peut être trois - ce texte a été choisi par des jeunes mariés pour exprimer leur foi et leur espérance dans l’amour qui les a unis.
Comment s’en étonner !
L’amour est bien le sujet de ce très beau texte de l’apôtre qui devient pour une fois poète, lui le grand et parfois difficile théologien du Nouveau Testament ! Il a écrit un véritable poème, une louange, un hymne, une déclaration d’amour à l’amour.
Pour Paul l’amour est plus grand que toute connaissance spirituelle ou intellectuelle, plus grand que la foi qui transporte des montagnes, plus grand que la générosité la plus folle ou impressionnante… par exemple, celle de donner tout ses biens, oui, de donner même son corps pour être brûlé – allusion, je crois, aux martyres chrétiens brûlés à Rome dans les jardins de l’empereur Néron – événement qui s’est passé quelques années avant la rédaction de cette lettre de Paul.
Même de cet acte extrême si proche du martyre du Christ lui-même, Paul ose affirmer « si cela était ’sans amour’, quel en serait le sens ? »

Paul continue : l’amour est capable de TOUT….l’amour pardonne tout, espère tout, supporte tout... telle est sa force incroyable, son désir de ne jamais se résigner, de tout faire pour gagner et pour garder l’autre…
Et avec cela Paul n’a pas tout dit. Il va plus loin encore en assurant « quand tout sera aboli, venu à son terme… trois choses demeureront : la foi, l’espérance et l’amour, mais le plus grand est l’amour  ».
L’amour demeure éternellement…l’amour est éternel.
Voilà ce qui plaît bien sûr aux jeunes mariés, ayant envie de croire de tout leur cœur dans cet amour, qui durera et qui est capable de tout ; de les aider d’aller jusqu’au bout, ensemble, dans leur couple. Et Paul leur dit que l’amour en est capable ! Oui, je comprends le choix de ce texte par tant de jeunes mariés.

Mais j’ai toujours au moins deux – comment dire – interrogations face au choix de ce texte par des jeunes mariés.
D’abord est-ce qu’ils ont vraiment mesuré l’exigence de ces paroles ? Est-ce que nous sommes capables de vivre vraiment ce que Paul écrit ici ?
Deuxièmement je pense que ce texte est souvent choisi par des jeunes mariés... parce que ni le nom de Dieu, ni celui de Jésus Christ n’y figurent !
Je soupçonne cette raison là, mais suis sans doute un peu sévère et de mauvaise foi en le faisant ! C’est, pour certains, un étonnement d’apprendre que Paul ne pense même pas au mariage, au couple, quand il a écrit son hymne à l’amour.
Il suffit de lire le chapitre précédant le chapitre 12 et celui après le chapitre 14 de cette lettre pour comprendre que Paul s’adresse aux chrétiens de Corinthe pour les interpeller sur leurs pratiques et débordements spirituels.
Ces chrétiens mélangeaient spiritualité extatique et charismatique, influencée par la religiosité grecque, avec une vraie spiritualité chrétienne dans l’esprit de Jésus. C’est bien d’avoir des visions et des prophéties, mais ‘sans l’amour’ ‘à quoi cela sert-il’ ? Cela risque de devenir un moyen de se glorifier soi même ou de rechercher des choses spectaculaires.
Voilà ce que Paul leur dit et l’hymne à l’amour est au cœur même de son interpellation.
Tout cela, je l’explique rarement dans mes prédications de mariage, mais, en revanche, je rappelle toujours qu’aimer vraiment selon les paroles de ce texte est une chose très exigeante.
Cela demande le meilleur de nous-mêmes, et plus encore.
Tout couple présent qui a l’expérience de vivre ensemble, dans le quotidien, le sait fort bien ! Au point de pouvoir dire : oui, nous restons loin en dessous de ces paroles, si belles, si fortes de l’apôtre.
Nous ne sommes pas toujours patients, ni serviables, ni sans irritation, ni sans orgueil, ni sans égoïsme, ni sans mensonge… Et nous le savons : l’amour ne dure pas toujours ; il y a des séparations, des naufrages, des divorces, et ô combien aujourd’hui… !

Je pense que Paul connaissait fort bien nos difficultés d’aimer en écrivant ce texte. Paul avait tant à dire sur l’homme et son péché. Pour lui, l’homme fait souvent le contraire de ce qu’il veut et de ce qu’il désire. L’homme est marqué, selon lui, par ses contradictions, son égoïsme, sa difficulté d’aimer. Il est marqué par son péché.
C’est pourquoi, je crois, que Paul, en écrivant son hymne à l’amour a pensé à Jésus Christ.
Oui, Paul parle, ici, bel et bien de Jésus Christ : Celui dont l’éclat et la lumière - celle de Son amour - illuminent toute cette célèbre page. Il pense à Celui en qui l’Amour de Dieu est accompli, transparent, visible. Non pas à moitié, mais dans sa plénitude. Même - et surtout - dans le clair-obscur de la croix : quand cet amour se révèle sans réserve dans les ténèbres de la croix. Personnellement je ne peux plus entendre l’hymne à l’amour de l’apôtre Paul sans penser à Jésus-Christ ! Celui qui a TOUT supporté, tout espéré, tout pardonné…

Cet amour dont parle l’apôtre dans I Cor 13, nous désirons le vivre, des jeunes mariés désirent le vivre – et tant mieux, il n’y a pas un but plus noble plus beau, plus haut à donner à notre vie que de vouloir vivre cet amour là.
MAIS avec Paul je pense que nous ne pouvons pas le vivre sans le Christ. Je pense comme lui que le Christ nous a été donné pour vivre cet amour-là. N’est ce pas le Christ lui-même qui nous le dit « aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimé » ?
C’est le Christ qui veut nous entraîner, nous amener, nous guider et nous accompagner sur le chemin de cet amour-là.
Il nous précède déjà sur ce chemin.

Comment ?
D’abord par le don de son Esprit, qui vient habiter nos cœurs. Qu’il nous donne pour - toujours à nouveau - élargir nos cœurs au-delà de notre égoïsme, au-delà de nos frontières de toutes sortes, intérieures et extérieures.
Il nous a même dit « aimez vos ennemis ». Son Amour est sans limites et sans frontières, parce qu’il trouve sa source directe dans l’inépuisable amour de Dieu Lui-même.

Jésus a eu un jour cette parole étonnante, effrayante pour ses disciples «  soyez parfait comme votre père au ciel est parfait ». On pourrait peut être comprendre cette phrase de la manière suivante : « que votre amour soit sans limites, comme celui de votre père dans le ciel  ».
Saint-Augustin dit dans une parole célèbre et lumineuse : « Dieu donne toujours ce qu’Il ordonne. »
C’est pourquoi Dieu nous a donné son Saint Esprit, l’Esprit d’amour divin. Dans la relation au Christ, cet Esprit-là nous est accessible, disponible, donné.

Mais nous savons mal accueillir le don que Dieu nous donne. Notre cœur est trop souvent fermé, occupé par plein d’autres choses, occupé par nous même.
Comment laisser entrer cet Esprit du Christ en nous ?
Le chemin qui nous est proposé, depuis toujours, est de méditer la vie du Christ, ses actes, ses rencontres, ses paroles, et surtout sa mort, dans le clair miroir de l’Evangile. Et ensuite de mettre en pratique le peu que j’ai compris, le mieux que je peux, en demandant Dieu chaque jour de m’aider.
Ainsi L’Esprit du Christ habitera nos cœurs et les fruits de Son esprit nous seront donnés, petit à petit, où et quand on ne l’attend pas…
Le Royaume est comme un grain qui pousse lentement, mais sûrement, de l’intérieur, nous dit Jésus souvent. Et parfois il y a le moment de printemps ou les feuilles et les fleurs s’ouvrent… c’est à dire des moments de grâce que Dieu donne à ses biens aimés !

Même si Dieu donne toujours ce qu’il nous ordonne, comme le dit St Augustin, ce qu’Il nous demande est exigeant. La Parole du Christ est exigeante.
Il suffit de lire le Sermon sur la Montagne pour s’en rendre compte. « Si ta main t’amène à pécher coupe ta main » – autrement dit : « pas de demi-mesure face au péché, tu ne t’en sortiras pas - Si tu regardes la femme d’un autre et si tu la désires tu es déjà adultère – autrement dit l’infidélité commence déjà dans ton cœur - Si tu n’es pas réconcilié avec ton frère, règle ton affaire avec lui-même avant d’aller au temple, au culte….

Pour Jésus la notion d’amour est toujours empreinte d’une haute exigence. Avec lui, nous sommes bien loin d’une pensée molle, gentille, fade et inoffensive sur l’amour.
Jésus nous appelle toujours à la conversion, à changer de mentalité et de comportement, envers l’autre, envers soi même, envers Dieu.
Dès le début de son ministère en Galilée il a proclamé aux hommes «  Le Royaume de Dieu est proche, croyez à la Bonne Nouvelle et convertissez vous ! » .Mais, et c’est important, dans cette ordre-là : il faut d’abord accueillir la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui se rend proche, qui nous aime et se laisser aimer par ce Dieu là, personnellement. Ensuite nous pouvons mieux aimer nos frères et sœurs. Sinon notre amour pour l’autre peut rapidement devenir un devoir, une morale et il est voué à l’échec. Parce que l’amour n’est pas un devoir, ni une morale. Il est un élan du cœur. Il trouve sa source, sa vitalité, sa vérité dans le cœur.

Nous avons besoin d’une relation vivante avec Jésus Christ pour que notre vie chrétienne ne devienne pas une morale, une bonne conscience, un devoir impossible à remplir.
Là, encore Jésus est tranchant et clair : Il dit littéralement « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15 vs 4).
Dans le même chapitre nous lisons : « Moi, je suis le CEP et vous êtes les serments. De même que le sarment ne peut porter de fruit, s’il ne demeure sur le cep, de même vous non plus si vous ne demeurez en moi »
C’est pourquoi le chrétien cherche toujours à nouveau à s’attacher au Christ, à s’attacher à la communauté des disciples, l’Eglise, Son Corps dans le monde.
Cette communauté qui cherche à vivre de Son Esprit et de Sa Parole et à accueillir sa Présence aujourd’hui pour nous et au milieu de nous. En faisant partie du Corps du Christ, je m’attache à Jésus Christ.

Mais n’oublions jamais : le Christ se laisse aussi rencontrer « en dehors de son Corps » : dans les blessés de la vie, dans ceux qui attendent un geste de solidarité humaine de notre part. Il l’a dit lui-même : « ce que tu as fait à un de ses petits, tu l’as fait à moi ».

Concluons :
Oui, aimer dans l’Esprit du Christ est exigeant, très exigeant. Mais, Dieu merci, c’est aussi un don, une grâce, une joie, que Dieu nous donne toujours à nouveau en Jésus Christ.
Retenons cette parole si lumineuse du Saint Augustin : « Dieu nous donne toujours ce qu’il nous ordonne » !

AMEN