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Repentance du peuple - Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg
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Repentance du peuple

Repentance du peuple

Semaine de l’unité des chrétiens : prédication à St-Sulpice et culte du 24 janvier à Luxembourg

Lectures :

  • Néhémie 8 : entre 2 et 10
  • Matthieu 22 : 34-40

Ecouter la prédication :


Connaissez-vous Néhémie ? Et Esdras ? Et cette scène étonnante d’un peuple entier qui pleure en écoutant ses livres saints ?
Néhémie est gouverneur à Jérusalem, Esdras y est prêtre, et lettré. Quant au livre, on peut supposer qu’il s’agit du début de la Bible… Mais voilà qui nous plonge dans un passé brumeux, environ 450 ans avant le Christ, une époque confuse et assez mal connue.

Remontons encore : David était devenu roi vers 1000 avant notre ère, ses descendants avaient régné les uns sur le Royaume du Nord, la Samarie, jusqu’en -732, quand les Assyriens avaient vaincu ce Royaume. Les autres avaient continué de régner à Jérusalem, jusqu’en -587, cette funeste année où Jérusalem tombe sous le siège du fameux Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui prend la ville, la détruit, profane le Temple et le pille, et exile toute l’élite du Royaume, là-bas, dans l’actuel Irak…
Mais 50 ans plus tard, renversement de l’histoire : cette fois, c’est Cyrus le Perse qui, à son tour, assiège et conquiert Babylone, le vainqueur d’hier…
Or les Perses, politiquement futés, à l’inverse des Babyloniens, laissent chaque peuple se gouverner lui-même, sous l’autorité de ses propres prêtres et d’un gouverneur nommé par l’Empire. C’est ainsi que les Juifs déportés à Babylone, 50 ans plus tôt, sont soudain autorisés à revenir au pays.
Bravo.

Mais cela ne se passe pas très bien. Entre temps, d’autres populations se sont installées en Judée-Israël, et mélangées au petit peuple qui y était resté. Et ils ont, tout naturellement, occupé les maisons, les champs, les villes, les fonctions, la vie sociale. Et chacun pense être seul légitime : ceux qui sont sur place, parce qu’ils habitent et travaillent le pays, la terre promise jadis à Moïse. Et ceux qui sont rentrés d’Exil, qui se sentent les plus légitimes parce qu’ils ont souffert et ont payé pour le péché de leurs pères…
D’où conflits, rivalités, oppositions, et difficultés à reconstruire un peuple, une ville, un pays, des murs, un nouveau Temple… et une foi commune.

Alors Esdras, le prêtre, et Néhémie, le gouverneur, convoquent tout le peuple sur la place de la ville. Et ils lisent à haute voix.
Et le peuple… pleure !
Que lisent-ils ? « Le Livre de la Loi de Moïse » nous dit le texte. La Bible donc, du moins ses cinq premiers livres, le Pentateuque, traditionnellement attribué à Moïse ? Oui.
On sait aujourd’hui que ces livres de la Loi ne remontent pas à Moïse, qu’ils ont même été écrits après le traumatisme de l’Exil à Babylone, à cause de l’Exil à Babylone, en partie là-bas, sur place à Babylone, en réaction à cette catastrophe de l’Exil. Et cette scène – qui n’a d’ailleurs jamais pu avoir lieu, puisque les historiens considèrent qu’Esdras et Néhémie ont vécu à une génération de distance – cette scène reproduit sans doute la première lecture officielle de la Thora ou Pentateuque, devant le peuple assemblé…
La première fois que le peuple découvre sa propre histoire telle que la raconte la Bible.

Et que dit ce texte ? Que si le peuple a ainsi souffert, de défaite, d’Exil et de misère, c’est de sa faute. C’est parce que lui et ses pères ont été infidèles à leur Dieu, au Dieu de la libération d’Egypte, jadis, et qu’ils ont été punis.
Et ils pleurent. Non parce qu’ils ont été punis. Mais parce qu’ils se repentent.
Et c’est pour cela, parce qu’ils se repentent, qu’Esdras et Néhémie les réconfortent, et les invitent au contraire à la joie, et même à la fête.
Se repentir. C’est à dire regretter. Reconnaître son erreur. Demander pardon. Et s’engager à changer. C’est positif !

Changer, donc. Oui, mais dans quelle direction ? Deux chemins se présentaient à l’époque devant le peuple et ses guides. Soit la pureté, soit la fraternité.
Ou bien la pureté :
pureté de la race juive, sans mélange ;
pureté de la religion juive, intransigeante ;
pureté de la culture juive, privilégiée.
Ou bien la fraternité :
l’accueil des étrangers ;
le respect de toute religion ;
une culture dialoguante et ouverte.

Curieusement, aujourd’hui, en Syrie, en Irak, en Israël à nouveau, c’est-à-dire dans les mêmes terres, c’est la même alternative qui s’impose.
Et certains y revendiquent la pureté :
pureté de la race arabe,
de la religion musulmane,
de la culture arabo-musulmane.
Et chez certains autres :
pureté de la race juive,
de la religion et de la culture juives.

Et soudain, avec Néhémie, nous sommes en pleine actualité, aujourd’hui même. Pas seulement en Syrie ou au Moyen Orient, où l’espoir d’un dialogue vient à nouveau de buter sur les intransigeances des uns et des autres, mais ici, en France, aujourd’hui.
Ici, en France, aujourd’hui, nous sommes, nous, devant la même alternative que Néhémie, Esdras et que le peuple juif il y a 2500 ans :
Ou bien la pureté :
pureté de la race blanche,
pureté de la religion chrétienne,
pureté de la culture française.
Ou bien la fraternité :
l’accueil des différences et des différents,
le respect de toutes les religions et de la vérité contenue en chacune,
le choix d’une culture qui s’enrichit de l’échange.

Qu’ont fait Esdras et Néhémie, vers 450 avant le Christ ? Le choix de la pureté :
Pureté religieuse, qui donnera naissance au judaïsme ;
pureté culturelle qui les presse de reconstruire les murailles de Jérusalem et d’en fermer les portes ;
pureté raciale, qui les conduit à briser les mariages mixtes et à chasser les femmes étrangères et leurs enfants.
C’est le premier judaïsme, cette pureté religieuse, et même cette religion de la pureté, qui conduira aux impasses légalistes et rituelles que dénoncera Jésus et auxquelles il se heurtera.
La pureté culturelle, qui motivera les révoltes juives qui se termineront par la chute de Massada et la destruction du nouveau Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère.
Et la pureté raciale, qui avait conduit Esdras à interdire les mariages mixtes et à renvoyer hors de Jérusalem les enfants qui en étaient issus…
Un choix radical. Mais dont le projet historique, on le sait, a échoué. Si le choix de Néhémie et Esdras a probablement permis la survie du peuple juif et de son héritage spirituel, ils n’auront finalement pas réussi la restauration d’une nation juive, et auront sans doute préparé l’impasse religieuse et politique du temps de Jésus.

Jésus, qui, lui, nous a appris que l’amour de Dieu et l’amour du prochain – fut-il pêcheur, lépreux, Romain ou Samaritain – sont indissociables.
L’amour de Dieu, l’amour du prochain, indissociables.
En ces temps tellement troublés aujourd’hui, où le doute, la peur et la tentation du repli nous font, collectivement et personnellement, vaciller sur nos convictions les plus essentielles, espérons que l’échec de Néhémie, et que ce rappel du cœur du message du Christ, nous préservent de nous perdre. De spirituellement et collectivement nous perdre…
Amour de Dieu, amour du prochain : indissociables.

Que Dieu nous parle, nous garde et nous guide.

Jean-Paul Morley