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Impression

« Il m’est arrivé souvent d’admirer la voûte étoilée, sans savoir qu’un jour une étoile me guiderait vers l’Ouest, jusqu’à Saint Jacques de Compostelle, puis au Cap Finisterre. Face à tout cet infini je restais impuissant à trouver la réponse, mais la foi, m’en a donné une :

’’ Sur le chemin où tu appelles, ta force affermira nos pas.

Tu viens tracer route nouvelle, heureux celui qui te suivra. ’’

Un doute avant de partir ? Non, je me retrouve simplement devant une vaste étendue avec le sentiment d’une infinie solitude qui me place face à moi-même. Quels paysages vais-je traverser ? Qui vais-je rencontrer ? Le pèlerinage, et après ?

Le 25 avril, après la bénédiction des pèlerins, je descends les marches de la cathédrale Notre Dame du Puy. Une marche, deux marches, dix mètres, une rue, un croisement, puis une route qui mène à un sentier. Je rythme la cadence de mes pas sur ma respiration. Déjà je me sens enveloppé dans ma bulle confortable de pèlerin, en homme libre, détaché du monde. Mon rêve devient réalité.

Dès le départ, tous les faits, pensées et paroles s’imprègnent lentement mais fermement de spiritualité. Comment ne pas s’exalté devant la splendeur des cathédrales du Puy, de Conques, de Burgos ou de Santiago de Compostella. Comment rester insensible, à cette prière silencieuse, mais si dense, que l’on reçoit ou que l’on donne, recueilli dans la plus petite des chapelles isolées ? Comment ne pas s’émouvoir lorsque l’on pose son pas dans le pas d’un pèlerin du onzième siècle ? Les pèlerins constituent une immense chaîne de fraternité qui ne se rompt pas, malgré les nombreuses mutations du Monde, mais s’agrandit de jour en jour.

Les rigueurs de l’Aubrac ou l’immensité de la Meseta offrent des possibilités immenses au pèlerin de méditer, de s’intérioriser et d’effectue son travail d’introspection afin de mieux se connaître, selon le précepte socratique : ’’ Connais toi toi-même. ’’

Dans ma solitude de pèlerin, mes réflexions m’entraînent aussi dans un véritable plongeon vers le passé. Les souvenirs les plus lointains enfouis et oubliés depuis longtemps reprennent corps dans ma conscience et dans mes pensées, semblables à un bateau disparu dont les débris remontent lentement en surface. La lente progression dans le chemin s’effectue avec le cœur et l’esprit, car le cœur seul ’’ s’affaisse ’’ et l’esprit seul ’’ se dessèche ’’.

Le Chemin de Compostelle se révèle être un véritable chemin initiatique sur lequel le pèlerin unit foi et raison. Etre pèlerin, c’est accepter le retour à l’essentiel et sa rigueur ; c’est devenir autonome, savourer toutes ces petites choses auxquelles on ne faisait plus attention habituellement.

Le message essentiel que l’on découvre en arrivant à Saint-Jacques, est que le pèlerin a rendez-vous d’abord avec lui-même ! Peut-on trouver plus forte pour se mettre en chemin ? »

Jean-Yves Farnier