Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/clients/08b2940cb220813cf95a4dd05d720110/web/config/ecran_securite.php on line 283

Les yeux de la foi, par le pasteur Christian Tanon

Les yeux de la foi

Prédication donnée à Pentemont et à Luxembourg le 3 aout 2014

Lecture : Jean 9

Il a de la chance cet aveugle qui a rencontré Jésus sur son chemin !
Il aurait pu rester aveugle toute sa vie, mendiant sur le trottoir toute sa vie, et être regardé comme un incapable, pire : comme un pécheur. Car à l’époque de Jésus, nombreux étaient ceux qui pensaient qu’un tel malheur venait d’un péché commis, soit par l’homme lui-même, soit par les parents.

Un jour, par hasard, (mais est-ce un pur hasard ?) Jésus passe devant cet homme, assis sur le bord de la route, tendant la main aux passants.
Et Jésus va le guérir, le rétablir dans toute sa dignité.

Il l’a fait en plusieurs étapes.
1ère étape, il le disculpe aux yeux des autres : « non ce n’est pas à cause de son péché, ni celui de ses parents qu’il est né aveugle ». Cette parole, l’aveugle l’a bien entendue. Elle commence déjà à faire son chemin dans son cœur : non, il n’est pas « impur », il est digne d’être aimé et respecté comme tous les fils d’Abraham.

Ensuite, et c’est le signe le plus spectaculaire, il le guérit de sa cécité.

Mais l’action de Jésus à son égard ne s’arrête pas là : un peu plus tard, Jésus apprend qu’il a été chassé par les religieux juifs, et il va à sa rencontre. Il lui parle en tête à tête. Il lui pose la question de la foi : « crois-tu au Fils de Dieu ?
-  quel est-il pour que je croie en lui ?

Il a fallu cette nouvelle rencontre et ce dialogue avec Jésus Christ pour que l’aveugle soit pleinement restauré. Restauré dans son intégrité physique d’abord, puis restauré dans tout son être : physique et spirituel.
Désormais il ne voit pas le monde seulement avec les yeux, mais avec la foi. Il ne sait pas seulement que quelque chose en lui a été ouvert, dénoué, mais il sait qui en est l’auteur.
Jésus lui a donné et les yeux, et la foi.

D’une certaine manière, on peut dire qu’il a eu de la chance cet homme, car sa vie a été transformée : non seulement il peut voir, donc travailler et gagner sa vie sans avoir à mendier, mais il voit avec le cœur et l’esprit, il voit clair, il est devenu clairvoyant, car il a rencontré le Fils de Dieu et il voit comment Dieu agit dans le monde.

Alors nous pourrions nous dire que nous n’avons pas eu la même chance que cet homme : Nous n’avons pas, sauf exception, été guéri miraculeusement par Jésus Christ. Nous n’avons pas eu l’occasion d’un entretien en tête à tête avec lui, en personne, et il ne nous a guère parlé en direct pour nous dire : c’est moi, le Fils de Dieu, qui te parle !

Mais se dire qu’on n’a pas de chance serait bien ingrat de notre part. Car Dieu ne cesse de nous proposer des entretiens en tête à tête, par sa Parole que nous entendons et pouvons méditer, et par les témoins qu’il place sur notre chemin. Je ne parle pas des guérisons miraculeuses qui sont plus exceptionnelles, mais elles existent aussi et témoignent de l’œuvre de Dieu dans le monde.
La question de savoir si nous avons plus ou moins de chance que cet homme n’est pas la bonne question.

Il serait plus juste de nous poser la question : pourquoi ne répondons-nous pas aux entretiens en tête à tête que Jésus vivant nous propose ? et ne voyons-nous pas les multiples signes de sa présence autour de nous ?

C’est la question de notre propre aveuglement. De quoi sommes nous aveugles ?
Pouvons-nous dire honnêtement que nous « voyons », au sens fort et complet du terme ? Voir, comprendre, discerner sont des notions très proches.
Sommes-nous toujours capables de discerner les bons choix à faire dans la vie ?
Sommes nous à même de « voir » tous les signes du Royaume de Dieu sur la terre des humains ? Ne sommes-nous pas un peu aveuglés par toutes les mauvaises nouvelles qui saturent le journal télévisé ou la radio ?

C’est parfois vers la fin de notre vie, ou à un âge avancé, que nous comprenons les égarements qui ont jalonnés notre vie, et à quel point nous avons été aveuglés, les uns par la soif de réussir nos projets personnels, les autres par l’attachement démesuré aux biens matériels, ou à toute autre forme d’attachement qui nous détache de la présence de Dieu.

Sur un plan plus collectif, nous pouvons aussi parler d’aveuglement de la société. Depuis combien de temps l’esclavage et la traite des esclaves ont été abolies ? C’est assez récent. Et la grande majorité des occidentaux n’y voyaient à l’époque rien de mal.
Au moment de l’exposition universelle à Paris en 1889 des hommes importés d’Afrique ou des Amériques, qu’on appelait les « sauvages », étaient exposés dans des cages à la vue des visiteurs.
N’y avait-il pas là aussi un aveuglement de toute la société ?

Chaque siècle a connu ses aveuglements. Je me demande si dans quelques décades, nous n’allons pas nous « réveiller » et considérer que la manière de pratiquer l’avortement, de façon trop souvent banalisée, laissant les femmes dans une lourde culpabilité, est aussi une forme d’aveuglement collectif.

On peut tourner la question d’une manière plus positive : qu’est-ce qui aujourd’hui, dans notre vie, peut nous donner plus de clairvoyance ? Comment discerner ce qui est bon pour nous et conforme au projet de Dieu pour chacun d’entre nous ?

La Bible a une jolie expression pour parler de clairvoyance et de discernement : avoir un œil en bon état.
Dans son discours sur la montagne, Jésus déclare : (Mt 6. 23) « L’œil est la lampe du corps. Si ton oeil est un bon état, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. »
Il ne s’agit pas d’une leçon d’ophtalmologie, mais d’un enseignement spirituel. Avoir un œil en bon état, c’est laisser passer la lumière qui vient de l’extérieur de soi, pour éclairer l’intérieur de soi.

Comment donc améliorer l’état de son œil ? Comment toujours mieux laisser passer la lumière qui vient de Dieu afin qu’elle éclaire tout notre être, toute notre vie ?

L’Evangile nous enseigne que ce n’est ni l’accumulation de connaissances, (nous pourrions connaître la Bible par cœur ou lire des tas de livres de théologie) ni l’ascèse spirituelle qui donnent cette clairvoyance, même si tout cela peut y contribuer, mais une relation avec une personne, Jésus Christ vivant. Une relation.

Tout ce qu’a fait Jésus Christ pour l’aveugle de naissance à Jérusalem est de l’ordre de la relation. Il l’a touché avec sa salive, il l’a envoyé à la piscine pour se laver, et plus tard, il est allé à sa rencontre et lui a parlé.
Que Jésus disparaisse de nouveau dans la foule, peu importe, sa relation personnelle avec lui ne disparaîtra plus.
Et son œil restera en bon état.

Continuons sur cette idée de relation.
Ce qu’a fait Jésus pour cet homme n’est pas seulement pour qu’il voie clair, mais aussi pour qu’il aille vers son prochain et témoigne de ce qu’il a vécu. Nous le voyons affronter les critiques et préjugés des pharisiens, et il le fait avec un aplomb étonnant. Jésus a fait de cet homme un témoin. Un envoyé. Ce n’est pas un hasard si la piscine à laquelle Jésus l’envoie pour se laver, s’appelle Siloé, qui veut dire « envoyé ».

Si Dieu nous donne aussi le discernement et la clairvoyance, ce n’est pas pour notre seul bénéfice individuel, mais c’est pour que nous allions auprès de nos frères porter la bonne nouvelle, et témoigner de Jésus Christ vivant. Jésus donne et en même temps il envoie.

Ainsi sommes nous tous appelés à être témoins, chacun dans notre situation de vie, de travail, de famille. « Vous êtes la lumière du monde » a dit Jésus à ses disciples.

Il y a donc une relation étroite entre cette lumière qui éclaire notre vie, et l’attention à l’autre,
Et pour l’Eglise, entre l’annonce de l’Evangile et le service du prochain.

J’aimerais terminer par une citation du prophète Esaïe, écrit il y a 2.500 ans et qui est d’une étonnante actualité.

C’est à propos du jeûne que pratique le peuple d’Israël. Esaïe 58. 6-8

« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude… et ta lumière poindra comme l’aurore. Partage ton pain avec celui qui a faim, fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile… et tu marcheras dans la lumière, ta justice marchera devant toi, et la gloire de l’Eternel t’accompagnera. »
Et un peu plus loin au verset 10 : « Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, si tu rassasies l’âme indigente, ta lumière se lèvera sur l’obscurité, et tes ténèbres seront comme le jour à midi. »

La figure de Jésus Christ se dessine en filigrane dans cette belle page de l’Ancien Testament. C’est lui qui rassasie l’âme indigente, et en même temps de lui émane une lumière pour nous, afin que nous soyons nous-même lumière dans les lieux obscurs du monde.

Amen