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L’attendu inattendu…, par Pierre Lepetit

Culte de Noël

Lectures :

1. L’attendu-inattendu
Il était attendu depuis des siècles comme nous le dit un célèbre cantique :

Depuis plus de quatre mille ans,
Nous le promettaient les prophètes
Depuis plus de quatre mille ans,
Nous attendions cet heureux temps

a. Les contemporains de Jésus attendaient un Messie…
Un Messie selon le dictionnaire [d’après l’hébreu mashiah] « personnage providentiel qui mettra fin à l’ordre présent, imparfait ou mauvais et instaurera un ordre de justice et de bonheur »
Ils attendaient un Dieu, un Roi arrivant dans sa gloire :

Au temps de l’occupation Romaine Israël pouvait se sentir délaissé par Dieu et il pouvait se dire : toutes les promesses qu’on nous a répétées depuis des siècles, c’était du vent. Le roi idéal qu’on nous a promis ne viendra jamais. Alors la promesse de Michée faisait rêver (Michée a vécu au 8ème siècle à l’époque où l’empire Assyrien était menaçant et où les rois d’Israël ne ressemblaient pas au portrait idéal, au Messie qu’on attendait).Nous aussi, combien on aimerait, dans le contexte actuel de désespérance, de crise, de chômage qu’un homme providentiel règle tous les problèmes. C’est ce que les juifs devaient souhaiter aussi à l’époque de la naissance de Jésus.

b. Ils avaient cependant lu Esaïe…
Au ch7, v14 :

Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien.

Et au ch9, v1 à 6 :

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur
ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi. Tu as fait abonder leur
allégresse, tu as fait grandir leur joie…car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Lasouveraineté est sur ses épaules…

…mais ils n’avaient pas compris.

Il faut reconnaître que ce n’était pas évident. Les textes nous parlent à la foi de gloire, de domination, d’écraser des ennemis mais aussi d’instaurer un monde de paix et de justice.
Or c’est un enfant conçu hors mariage, né dans des conditions misérables, adoré par des bergers à Bethléem qui accomplit la promesse :

(Jean 1, 46… « Nathanaël lui dit : peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? »
Jean 7, 52 : Les Pharisiens à Nicodème : « Serais-tu de Galilée toi aussi ? Cherche bien et tu verras que de Galilée il ne sort pas de prophète. »)

Difficile donc de reconnaître « celui qui doit gouverner Israël » (Michée), qui a « la
souveraineté de Dieu sur ses épaules » (Isaïe 9, v 5)
Non, c’est dans la faiblesse, la petitesse que Dieu manifeste sa promesse…

Quelle promesse ? A Noël en un nouveau-né, un tout petit, s’est passé cette chose inouïe, Dieu se manifeste.
Comment cela est possible ? C’est une véritable subversion de l’ordre ancien : Dieu dit sa gloire dans la fragilité d’un nouveau-né.
Dieu que l’on imagine puissant, dans un ciel lointain - combien cette image a fait de tort à ce Dieu amour qui pourrait tout faire sur cette terre « créateur de toutes choses dans le ciel et sur la terre », mais ce serait une autre prédication – ce Dieu puissant se montrerait faible, impuissant, présent parmi les marginaux, s’incarnant à Bethléem dans une étable ?
Désormais il n’y aurait plus besoin de le chercher au ciel ; c’est dans l’autre, le prochain, le voisin, l’étranger que Dieu se donnerait à rencontrer et qu’il serait possible d’aimer.

2. Noël c’est la révélation d’un Dieu d’humilité qui ne vient pas forcer l’homme à la
reconnaître dans la crainte.

Comme nous le dit St Paul dans la lettre aux Galates : « Mais quand est venu
l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son fils né d’une femme et assujetti à la loi pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs ».
Etre enfant de Dieu, qu’est-ce que cela veut dire pour moi aujourd’hui ?
A Noël Jésus revêt notre condition d’impuissance pour nous communiquer sa propre
condition d’enfant de Dieu.
Alors que l’antiquité et certains écrits de l’ancien testament laissait Dieu au ciel – on ne le rejoignait qu’après la mort, et encore dans certains écrits tardifs – Dieu vient nous signifier qu’il est là dans nos vies (là ou 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux, Matthieu 18,20).
Dieu n’est pas extérieur. Comme le reconnaîtra finalement Job « Dieu n’est pas tout
puissant, on ne peut pas lui demander des comptes ». Il est là en nous.
La foi dans la naissance de Jésus nous conduit à incarner nous-même l’Evangile tous les jours, dans la société où nous vivons, dans notre famille, avec nos voisins, avec nos collègues de travail. Notre foi n’est pas croyance à des vérités tombées du ciel. C’est un engagement qui nous renverse. Nous devons faire de toute notre existence humaine l’incarnation du projet de Dieu sur l’homme.

Noël c’est la fête de l’amour incarné. Dans un monde dur, empli de souffrance, et dans nos vies marquées de nos pesanteurs, opacités et impuissances, le message de Noël, c’est « tu as la capacité d’aimer » pour faire régner la justice et la paix et faire avancer le royaume de Dieu aujourd’hui, pas demain dans le ciel, aujourd’hui, ici, en sortant du Temple, demain dans la rue, à l’école, dans mon travail, partout où je reconnais Dieu dans l’autre.

A Noël il s’agit de nous laisser rejoindre par Dieu, d’accepter qu’il vienne au-devant de nous et qu’il accomplisse des merveilles dans l’ordinaire de nos vies humaines. Un enfant sur la paille vient révéler la toute-puissance de Dieu, Dieu nous dit vas-y : tu peux aimer, tu as du divin en toi, tu as la responsabilité de le faire croître. La révélation du royaume de Dieu ne se démontre pas. Elle se montre à travers nos gestes et nos relations humaines.

C’est difficile, très difficile d’aimer au quotidien. Il faut du courage comme il en fallu aux premiers chrétiens pour reconnaître Dieu dans la crèche. Par cette naissance, Dieu nous dit tu as la capacité de t’ouvrir, de te décadenasser, d’accepter d’être ce que tu es sans chercher à vouloir être quelqu’un d’autre ou vouloir avoir autre chose pour, comme le dit Paul Tillich un grand théologien du XXème siècle , s’ouvrir à un amour plus fort que notre propre refus de nous-même, être porté par notre capacité à aimer au cœur des réalités les plus dures, pouvoir se réjouir du seul fait d’être au monde, accepter de se reconnaître enfant de Dieu.

Il est né le divin enfant.
Amen.