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"C’est bien moi", par Jean-Philippe Barde

Cultes du 19 avril 2015
Prédication par Jean-Philippe Barde

Lectures :

Les trois textes qui viennent d’être lus (qui figurent dans la liste de lecture de nos
Églises) se situent dans le calendrier liturgique de « l’après Pâques ». J’ai prolongé
le texte de Luc jusqu’à la fin du chapitre, en fait la fin de son Évangile, jusqu’au récit
de l’Ascension.
Jésus le Christ a été mis à mort, crucifié, enseveli et ce chapitre 24 de l’Évangile de
Luc raconte la résurrection de Jésus, ses apparitions aux disciples, puis son
ascension, reprise au début du livre des Actes. Le livre des Actes, notamment les
extraits du chapitre 3, poursuit cette « dynamique » de l’après résurrection.
La première Épître de Jean nous rappelle le prix de la crucifixion, « le prix de la
grâce » (selon D. Bonhoeffer), rappelons le, le prix payé pour nos péchés et
l’héritage qui nous a été ainsi confié :

« Il est lui-même victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres,
mais aussi pour ceux du monde entier ».

On ne peut analyser la grande richesse de ces textes en une courte prédication. Je
voudrais aujourd’hui souligner cinq aspects.
• Le VIDE après la mort du Christ et le désarroi et le doute qui s’ensuivent.
• La réalité, la MATERIALITE de la résurrection qui viennent définitivement
combler ce vide, physique et spirituel.
• La préparation à vivre une certaine « absence » du Christ par une NOUVELLE
PRESENCE.
• L’ENVOI : le passage de témoin du Christ à ses disciples.
• L’attente de son RETOUR, de sa venue en gloire.

Le « VIDE » d’abord.
Christ a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, « il est descendu aux enfers », nous
dit le Symbole des Apôtres, que nous proclamons chaque dimanche. Il est descendu
dans mes enfers, il a visité mes tombeaux, mon péché, mes renoncements, mes
trahisons ; Il est descendu au tréfonds de la misère humaine pour notre salut et notre
rachat. Le spectacle ne devait pas être beau et cela devait sentir mauvais…
Peut-on imaginer la sidération des disciples après Golgotha ? Le vide du deuxième jour ? Tout s’écroule, après trois années d’un extraordinaire cheminement, trois années de signes, de prodiges, de guérisons, d’enseignements, d’annonce du Royaume tout proche, d’espérance de libération…Après trois années d’explosion de
vie et de prodiges, la mort, le silence, le néant.

Jésus a bien essayé d’expliquer, d’annoncer sa mort et sa résurrection, mais
personne n’a compris ! Qui pourrait comprendre cela ? Donc, le vide, le néant, les
désillusions, la sidération, on pourrait dire la « gueule de bois ».
Certes, le troisième jour, il y a bien eu ces femmes qui ont vu la pierre roulée, le tombeau vide et ces deux hommes (des anges ?) qui leur affirment : « Pourquoi cherchez vous parmi les morts, celui qui est vivant ? Il n’est point ici, mais il est
ressuscité
 ». Difficile à croire, en dépit de tout ce que les disciples ont vécu avec
Jésus ; en dépit de tout ce dont ils ont été les témoins privilégiés ; en dépit de tous les enseignements reçus. Les disciples ne croient pas le témoignage des femmes au tombeau…
Mais rapidement, «  ce même jour » nous dit le texte de Luc, Jésus se manifeste aux disciples en chemin vers Emmaüs. Ceux-ci reconnaissent Jésus lorsque, après avoir rendu grâce, il rompt le pain. Première actualisation de la Sainte Cène attestant la présence du Christ. Première manifestation de sa présence réelle dans le monde, après sa résurrection. Les disciples retournent alors à Jérusalem pour annoncer aux onze l’incroyable nouvelle : « Le Seigneur est réellement ressuscité !  » (v.33).

Nous arrivons maintenant au texte de ce jour : Jésus atteste de nouveau sa résurrection et sa présence réelle au milieu des disciples : « Tandis qu’ils parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec
vous
 ».
Soulignons le parallélisme entre les deux apparitions de Jésus : apparition du Christ, repas partagé, ouverture à l’intelligence des Écritures, disparition. Puis suivra l’ascension à la fin de l’Évangile de Luc et au chapitre 1 des Actes.
Notons aussi la pédagogie « symétrique » de Luc : avec les disciples d’Emmaüs, Jésus explique d’abord («  O hommes sans intelligence et dont le coeur est lent à croire…(v25) » ; puis il partage le pain ; enfin, il est reconnu. Dans le texte qui suit, Jésus est d’abord reconnu, puis il mange, enfin il explique.

Remarquons également l’insistance des signes de Jésus pour véritablement
matérialiser sa présence : il mange le pain (Emmaüs), du poisson rôti et un rayon
de miel avec les onze auxquels il demande lui même à manger. Cette insistance
pour attester l’incroyable résurrection et la présence du messie.

Ce texte nous confronte à trois enjeux essentiels de la foi.

L’enjeu premier est le « c’est bien moi » que dit Jésus aux disciples : « Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; touchez moi et voyez ; un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai (v.39) ». La matérialité de la présence de Jésus se manifeste d‘abord aux onze, puis à beaucoup d’autres : par exemple, selon la finale de l’Évangile de Jean. : « Vous êtes témoins de ces choses (v.48) ». Luc insiste dans livre des Actes (ch. 1) : « Après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu (v.3) ».
Dans 1 Co 15, Paul rappelle : « …Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à
la fois, dont la plupart sont encore vivants…
 ».
Le récit des doutes, bien compréhensibles, de Thomas dans Jn 20, a le même objectif : attester la matérialité, la réalité de la résurrection.
Christ est vraiment ressuscité ! Dans notre temps, où la résurrection est souvent réduite à une symbolique, parfois à du folklore, cette affirmation est aussi capitale que risquée. Déjà, du temps de Jésus, les prêtres voulaient faire croire à une mystification : Luc insiste donc fortement sur cette réalité de la résurrection, de l’incarnation du Christ. A nous de continuer à proclamer cette résurrection, « … autrement, vous auriez cru en vain », dit Paul (1Co 15, 2) ; « ...et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine et votre foi est vaine (v.14) ».
Le premier enjeu est donc l’attestation de la réalité de la résurrection du Christ.

Un deuxième enjeu, est la préparation à vivre une certaine « absence » physique de Jésus (après son ascension), pour une nouvelle présence qui va se manifester notamment par les signes et les prodiges, d’abord dans le livre des Actes, et par la suite, jusqu’à nos jours, depuis la Pentecôte. Rappelons que cet Évangile et le livre des Actes sont du même auteur : Luc annonce la résurrection et ce qui va en découler : les manifestations de puissance (sens étymologique du mot « signe ») du Christ, toujours vivant dans le monde : « Mais vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut (v. 49) ».
Il s’agit donc d’un passage, d’une transition entre deux présences et deux réalités de Jésus qu’il exprime par cette phrase un peu étrange : « Quand j’étais encore avec vous… (v.44) ». Ceci révèle un certain paradoxe : Jésus, n’est-il pas bien présent physiquement auprès des disciples, lorsqu’il prononce ces mots ? Mais il est déjà présent différemment. D’où cette réalité que Jésus est toujours « avec nous », mais par une nouvelle présence.

La pédagogie de ce texte est de nous faire saisir cette présence réelle et toujours actuelle de Jésus après sa mort et sa résurrection ; nous faire comprendre que Pâques, ce n’est pas uniquement le « troisième jour » historique des Évangiles, pas seulement une commémoration ou une fête annuelle, mais la présence désormais permanente du Christ. Présence agissante dans notre corps, dans notre âme et dans notre esprit ; présence agissante par les guérisons et autres signes.

Signes qui n’ont jamais cessé : Dieu continue de se manifester par des guérisons et autres signes, autres manifestations de puissance. C’est une nouvelle présence de Christ dans le monde que le texte de ce jour nous annonce. Nous autres Protestants réformés restons imprégnés de la pensée de Calvin pour qui les dons et les manifestations extraordinaires du Saint-Esprit étaient limités aux seuls temps apostoliques suivant la Pentecôte, afin d’asseoir l’autorité des apôtres ; après quoi, le canon était clos. Cette thèse s’explique sans doute par une réaction contre une religiosité trop imprégnée de merveilleux, de superstitions et de surnaturel, au détriment du travail, de la méditation et de la prédication de la Bible.

Mais les Écritures, le sola scriptura, ne justifient en aucune manière cette doctrine du
« cessassionnisme », dont Calvin n’a pas été le seul tenant. Par exemple, Saint Augustin croyait la même chose, jusqu’à ce qu’il soit témoin d’une guérison fulgurante, par le nom de Jésus.
Cette deuxième interpellation de ce texte est donc l’attestation de la présence agissante du Christ qui continue de se manifester par des signes qu’il appartient à chacun de discerner.

Un troisième enjeu est l’envoi, le passage de témoin aux disciples  ; passage de témoin aussi à chacun d’entre nous. L’Évangile de ce jour est un texte charnière : Luc annonce la Pentecôte, l’importance de la puissance de l’Esprit dans le livre des Actes et les éléments majeurs de la prédication aux versets 46 à 48 : « Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem. Vous en êtes témoins ».

Frères et soeurs, nous sommes tous des témoins et nous devons continuer à
témoigner.

Avant son ascension, Jésus annonce la «  puissance d’en haut  » qui va revêtir les
disciples à la Pentecôte. Puissance qui se traduit immédiatement par la guérison d’un boiteux devant la « Belle porte ». Dans le texte de Actes 3, Pierre proclame que cette guérison est précisément une manifestation de la puissance de Dieu : « Pourquoi fixez vous les regards sur nous, comme si c’était nous qui, par notre propre puissance ou par notre piété, avions fait marcher cet homme ? (v.12)… C’est par la foi en son nom , que son nom même a rendu fort cet homme que vous voyez et reconnaissez ; c’est la foi en Jésus qui lui a donné ce complet rétablissement en présence de vous tous ».

Le ministère de Jésus se poursuit, d’abord avec ses disciples, puis avec chacun d’entre nous, si nous lui obéissons et invoquons son nom puissant, au-dessus de tout nom.
Frères et soeurs, ce passage de témoin est tout autant pour chacun de nous aujourd’hui. C’est au nom de Jésus que nous devons, que nous pouvons proclamer le Royaume, prier pour les malades, les blessés de la vie, les laissés pour compte... Nous sommes mandatés au nom de Jésus et rachetés par son sang.

Souvenons nous de ce texte fondateur d’Esaïe (53, 5) : « Mais il était blessé pour nos
péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur
lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.
 »

Le texte de Luc et son Évangile se terminent par le récit de l’ascension, repris,
toujours par Luc, dans Ac.1 : « Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel
pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent et dirent :
Ce Jésus qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière
que vous l’avez vu allant au ciel
(Ac1, 11) ».

Et j’en arrive à mon dernier point : l’attente de la venue en gloire du Christ. L’ascension du Christ ne signifie ni sa disparition ni son absence. Luc veut non seulement attester la présence éternelle de Jésus dans le monde (comme nous venons de le voir), mais aussi son retour, ou plutôt sa venue en gloire annoncée.
Cette ultime finalité des Écritures, que nous avons trop tendance à oublier, sinon à
occulter : l’attente de la venue glorieuse du Christ.

Plusieurs textes bibliques annoncent cette parousie, ou fin des temps : par exemple,
le livre de Daniel au chapitre 7, Marc 13, le livre de l’Apocalypse. Certains pensent
que les signes de la fin des temps se multiplient actuellement : graves menaces
environnementales sur la planète qui ne cessent de s’aggraver ; guerres, islamisme
barbare, persécutions des juifs et antisémitisme croissant sous de nouvelles formes,
persécutions et massacres des chrétiens dans de nombreux pays, apostasie,
restauration de l’État d’Israël et retour progressif des tribus sur la terre d’Israël, et
bien d’autres évènements…
On peut interpréter ces signes comme annonciateurs de ces temps messianiques ; mais on doit, à tout le moins, rester vigilants : nous ne savons «  ni le jour ni l’heure  », comme nous le dit Jésus (Mc 13, 32-37). Mais le Christ lui même nous exhorte à « veiller et prier  » et à tenir nos lampes pleines et allumées. Paul nous dit bien que lorsque nous célébrons la Sainte Cène, (et nous le rappellerons tout à l’heure) nous « annonçons la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ».
Selon la tradition chrétienne, Christ reviendra à Jérusalem. Selon la tradition juive, le messie attendu par les Juifs entrera dans la ville par la « porte dorée ». Cela ne plait pas à tout le monde. Je reviens de Jérusalem et j’ai été frappé par - comment dire ? les précautions ou dispositifs mis en place par l’Islam pour empêcher cet avènement du messie : la porte dorée a été murée et un cimetière musulman construit sur le chemin de cette porte, car nul juif ne peut passer par ce lieu impur. Par ailleurs, à l’intérieur de la mosquée, sur l’esplanade du temple, se trouve l’inscription : « Dieu (Allah), n’a pas de fils ». Toutes les précautions sont donc prises pour entraver la venue du messie… Mais nous savons qu’il passe à travers les murs et les portes…

Je suis convaincu (je suis loin d’être le seul) que cet avènement sera une même révélation : pour les juifs, la venue et la révélation du Messie ; pour nous chrétiens, sa venue en gloire : une même attente, un même avènement, un même « dévoilement » selon le livre de l’Apocalypse. Soyons attentifs au ministère des juifs messianiques, aux rapprochements de plus en plus nombreux et profonds entre juifs et chrétiens, au retour et à l’approfondissement des racines juives de notre foi.
L’empereur Frédéric de Prusse demandait à son confesseur : « En trois mots seulement, prouve moi l’existence de Dieu ». Le confesseur lui répondit : « Sire, les Juifs ».

POUR CONCLURE

Frères et soeurs, soyons toujours attentifs aux signes, tendons l’oreille et ouvrons
notre coeur lorsque Jésus nous dit : « C’est bien moi ».
Amen !