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Vous savez en quel temps nous sommes", par Jean-Philippe Barde"

Cultes du dimanche 27 septembre 2015

Lectures :

Comme je l’ai déjà fait à plusieurs reprises dans cette Église, j’ai demandé que le « Temps de la création », préconisé par le COE depuis plus de 25 ans, soit dûment célébré et rappelé.

Le thème « Justice, Paix, Sauvegarde de la Création » (JPSC) a été central dans les différents rassemblements œcuméniques de Bâle (1989) à Sibiu (Roumanie) en septembre 2007. En 1997, le 2ème rassemblement du Conseil œcuménique des Églises à Graz en Autriche, en suivant une initiative du patriarcat œcuménique orthodoxe, recommandait l’organisation d’un « Temps liturgique pour la création » entre le 1er septembre et le 4 octobre de chaque année : nous y sommes donc en ces jours…

Depuis toujours, on s’interroge sur le mystère de la création, les scientifiques (« Big Bang »), les philosophes et les théologiens. La « théologie de la création » a d’anciennes et profondes racines, depuis les pères de l’Église, Thomas d’Aquin, jusqu’à des œuvres récentes de philosophes et théologiens notamment anglosaxons. Mais théologie n’implique pas nécessairement engagement. En l’occurrence, les Églises, notamment réformées, ont beaucoup tardé à s’engager dans notre pays.

Il y a eu beaucoup de débats et d’écrits sur la question de savoir si la civilisation judéo-chrétienne portait une responsabilité particulière dans la destruction de l’environnement, notamment depuis la révolution industrielle du 19ème siècle, dans le monde occidental chrétien. On peut citer, par exemple, l’article célèbre de l ‘historien Lynn White dans la revue Science en mars 1967 (1). Lynn White affirme que les textes de la Genèse, ainsi que la religion et la civilisation chrétiennes portent une lourde responsabilité dans la destruction de la nature. En créant l’homme à son image, Dieu place l’homme à part dans la création et l’incite à la dominer (2).

Dès lors une question se pose : les chrétiens ont-ils un rôle, un engagement spécifiques pour la protection de la création ? On s’est beaucoup interrogé sur ce point : après tout, ne doit-on pas laisser cela aux États et aux ONG, beaucoup mieux outillés et compétents ? Que peuvent apporter de plus les chrétiens ?

J’ai déjà traité de ces questions par ailleurs et je ne veux pas y revenir ici, simplement pour mentionner quelques point saillants.
Oui les Églises doivent s’engager concrètement ! Cette prise de conscience et cet engagement tardifs, mais actuellement massifs, se sont considérablement accélérés et approfondis au cours de ces dernières années, et singulièrement des 12 derniers mois, avec l’approche de la prochaine conférence mondiale sur le climat
(COP 21) à Paris en décembre prochain.

Par exemple, du coté protestant en France, le réseau « Bible et Création » de l’EPUdF, avait organisé avec l’IPT de Paris, en novembre dernier, un colloque « Terre créée, terre abîmée, terre promise ». La FPF est mobilisée (site Internet, publications, prises de position). Mentionnons, entre autres, le « Jeûne pour le climat » (« Fast for the Climate »(3)) d’origine chrétienne interconfessionnelle et maintenant à dimension interreligieuse et mondiale.

L’Église catholique est également très engagée. Les « Assises chrétiennes de l’écologie » à Saint Etienne en août dernier ont réuni 2000 personnes. Un événement ecclésial majeur est la récente publication de l’Encyclique du Pape François « Laudato si ». Ce document est un plaidoyer vigoureux et très documenté en faveur de la protection de la création, avec des propositions novatrices telle « l’écologie intégrale », dans la droite ligne de la doctrine sociale de l’Église catholique.

L’encyclique insiste sur la dimension spirituelle de la crise écologique et préconise une véritable « conversion écologique » afin de : « Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu (§ 217) ». Ce qui rend ce texte particulièrement important est son immense impact médiatique, politique et dans l’opinion, au delà même des cercles chrétiens.

Bref, un foisonnement d’initiatives ecclésiales dont je ne cite ici que quelques exemples. Il est rassurant de constater cette intense prise de conscience des Églises. Mais il ne faudra pas en rester là : le défi sera d’entretenir cette flamme et de poursuivre cet élan, passée la conférence de Paris sur le climat.

Deux considérations essentielles.

Premièrement, ce défi va bien au-delà des questions climatiques et couvre les nombreuses et graves atteintes à la biosphère. D’après l’organisation « Global Footprint Network » le 13 août 2015 la planète avait déjà dépassé son « budget naturel annuel », ce qui signifie qu’en moins de huit mois, ont été consommées toutes les ressources renouvelables que la planète peut produire en un an. Concrètement, nous allons droit dans le mur…

Deuxièmement (et c’est le cœur de cette prédication), la prédation destructrice de l’homme ne vient pas seulement en violation de toutes règles et équilibres naturels, mais également en violation des Écritures. C’est sur cela que je voudrais insister maintenant.

Le Premier Testament le montre bien : la relation de l’homme à la création n’est pas soumise à la seule volonté humaine, mais doit rester régie par la Torah. Si cette relation est faussée, devient pillage, dévastation et épuisement, c’est que s’instaure une relation de péché et de désobéissance à Dieu : selon le livre de la Genèse (3,17), la terre est devenue maudite à cause de l’homme.

Ce n’est pas la Loi qui autorise ou pousse l’homme à violer la nature, c’est l’homme pécheur, que Dieu a laissé libre de choisir entre « la vie et le bonheur, la mort et le malheur (Deutéronome 30,15) ». Péché et désobéissance à Dieu : telles sont les racines bibliques de cette destruction de la création. La crise n’est pas seulement écologique, mais aussi morale et spirituelle.

Dès lors, quelle est la place de la création dans le temps et le plan de Dieu ?

Nous arrivons au cœur du message de ce jour : cette responsabilité de l’homme à l’égard de la création transcende la seule protection de la planète, aussi importante soit-elle. Car nous sommes confrontés à un gigantesque combat spirituel dans un monde que nous ne détruisons pas seulement par nos comportements de prédation, de lucre et de cupidité, mais aussi, et peut-être surtout, par notre laisser aller,nos renoncements spirituels, nos rejets de Dieu et des Écritures.

La crise que nous traversons est fondamentalement spirituelle. Elle pose la question cruciale et vitale de notre positionnement dans le plan et dans le temps de Dieu.

Quels que soient les éclairages que peuvent nous donner les diverses approches théologiques de la création : création ex nihilo… ou non ; création « continue » ou « continuée » ; théologie du process, panenthéisme, etc. seules les Écritures peuvent nous éclairer sur le temps et le plan de Dieu.

Dans ce texte de Rm 8 (18-22) que nous venons de lire, Paul manifeste une remarquable clairvoyance :

19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
20 Car la création a été soumise à la vanité — non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise — 21 avec une espérance : cette même création sera libérée de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.
22 Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les
douleurs de l’enfantement ».

C’est un texte fondamental. Le mot «  révélation  » est synonyme de « dévoilement », c.à.d. « d’apocalypse ». De même, l’expression : « jusqu’à ce jour », signifie : «  jusqu’à ce que ce jour arrive

 » ; le jour du dévoilement.

Ainsi, la Création évoquée par Paul dans ce texte est la nouvelle création attendue, et embrasse, non seulement notre planète terre, mais aussi tout ce qui est spirituel et relève de notre relation avec Dieu, notre relation avec le bien et le mal, les anges de lumière et les anges des ténèbres, le cosmos tout entier.

Comprenons bien cela : notre responsabilité de chrétiens vis-à-vis de la Création, dépasse infiniment l’éthique de la conservation, de la bonne gestion, de la transmission à nos enfants d’une planète non dégradée, aussi respectable et indispensable que soit cette éthique.

Partenaires avec Dieu de l’avènement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, dont nous parle le livre de l’Apocalypse, nous devons préparer le retour du Christ.

Paul se positionne donc délibérément dans le plan et le temps de Dieu, dans l’attente de la parousie, du retour du Christ et dans la préparation de l’Épouse, qui, dans sa perfection, est la nouvelle création.

C’est pourquoi, dans ce texte de Rm 13 que nous avons lu, Paul nous exhorte à ce redressement, à ce sursaut, à cette vigilance :

« D’autant que vous savez en quel temps nous sommes  : c’est l’heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. 12 La nuit est avancée, le Jour approche ».

« …Vous savez en quel temps nous sommes… » Quel est ce temps ? Ouvrons nos yeux.

Un temps où se développent les plus graves dérives économiques, environnementales et sociétales ; je ne cite que quelques exemple :

  • L’idéologie dominante du gain, de la jouissance, du confort, du pouvoir, de la domination, de l’avoir, à n’importe quel prix économique, éthique et environnemental. Les exemples sont multiples et se répètent ; je ne les citerai pas ici.
  • La « domination absolue de la finance », également dénoncée dans l’encyclique Laudato si ; la pauvreté galopante.

Mais ce temps est d’abord un temps de graves égarements et renoncements
spirituels, entre autres :

  • Temps de persécutions religieuses, notamment des chrétiens ; savez-vous que l’association « Portes ouvertes » organise des « séminaires de préparation à la persécution » dans certains pays d’Afrique ?
  • Mais aussi prémices nauséabondes d’un nouvel antisémitisme qui ne cess de se répandre insidieusement ou explicitement dans de nombreux pays, y compris chez nous. La Shoa, c’était hier à l’échelle de l’histoire ; pourtant, le peuple élu de Dieu est de plus en plus contesté et attaqué.
  • Avec la résurgence « moderne » du djihad islamique et les projets de califat, sommes nous à un retour des guerres de religions et de civilisation ?
  • Un temps d’apostasie ; il faut appeler les choses par leur nom. Un temps où il n’est pas rare que le « politiquement correct » consiste à dénigrer les religions, et souvent dans notre pays, le Christianisme. La semaine dernière, notre pasteur Andreas Lof soulignait, à juste titre, la déchristianisation de notre société et la prolifération de pseudo spiritualités et de syncrétismes adressés à un public crédule, en quête de repères.
  • Ce monde où tout est relatif, où on peut choisir son sexe, remplir son caddie au supermarché des spiritualités et des sectes. Un temps où prolifèrent dans nos villes et nos campagnes les gourous, astrologues et magiciens de tous poils. Un monde sans Dieu.
  • Temps de préoccupantes compromissions de certaines Églises, y compris notre Église protestante, avec l’esprit du monde, l’esprit du siècle.
  • Un temps de révolte contre Dieu, si bien exprimé dans le Psaume 2 (1-3) :

« 1 Pourquoi les nations s’agitent-elles
Et les peuples ont-ils de vaines pensées ?
2 Les rois de la terre se dressent
Et les princes se liguent ensemble
Contre l’Éternel et contre son messie :
3 Brisons leurs liens,
Et rejetons loin de nous leurs chaînes ! »

Ce psaume nous décrit un monde brisé et divisé qui se dresse contre Dieu. C’est aussi un texte messianique : attente du Messie d’Israël. Selon la tradition juive, le Messie est celui qui viendra réparer la brisure du monde.

Ainsi, la défiguration de la création de Dieu est aussi une défiguration spirituelle.

Oui, nous sommes dans des temps de « crises » au pluriel, crise globale, crise totale ; en Grec, « crisis » signifie « jugement » ; ce n’est pas neutre !

Ne nous trompons y pas : ces ruptures avec Dieu, traduisent un combat spirituel ; un combat violent. Le prophète Esaïe l’exprime avec force (Es 24, 4-6 TOB) :

« La terre en deuil se dégrade,
le monde entier dépérit et se dégrade,
avec la terre, dépérissent les hauteurs,
la terre a été profanée sous les pieds de ses habitants,
car ils ont transgressé les lois, ils ont tourné les préceptes, ils ont rompu l’alliance
perpétuelle, c’est pourquoi la malédiction dévore la terre,
ceux qui l’habitent en portent la peine ».

La terre n’est pas seulement profanée par l’exploitation, la pollution etc. Mais, comme le proclame Esaïe, parce que nous passons outre aux lois de l’Eternel.

Le « temps de la Création », n’est pas seulement le temps de la planète terre. C’est le temps de la création tout entière, telle que Dieu l’a voulue : sans rides et sans péché.

C’est le temps où, nous exhorte Paul dans Rm 13, il nous faut nous dépouiller des œuvres des ténèbres et nous revêtir des armes de la lumière :

« Dépouillons-nous donc des œuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière. 13Marchons honnêtement, comme en plein jour, sans excès de table ni de boisson, sans luxure ni dérèglement, sans discorde ni jalousie. 14Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne vous mettez pas en souci de la chair pour en
satisfaire les convoitises ».


( Rm 13,12-14.)

Le texte de Paul est réaliste et sans illusions sur les temps où nous vivons : temps de combat spirituel ; mais également porteur d’espérance, si nous nous revêtons du Christ.

C’est aussi le temps de la grâce et de la patience de Dieu  : temps où Dieu nous a tout donné pour notre salut : les Écritures, la Loi et les prophètes, l’Évangile, jusqu’à son Fils Jésus, l’Esprit Saint et l’autorité en son Nom. Temps durant lequel Dieu, dans son amour, attend le repentir et le « changement radical » de ses enfants, en nous offrant sa grâce et son pardon. Mais jusqu’à quand ? Toute la Bible, Premier et Nouveau Testaments, nous met en garde.

Jusqu’au comble de la destruction et de l’abomination ? Souvenons nous de l’épisode du déluge : du temps de Noé, la création était menacée à cause du comportement des hommes ; notre planète l’est également aujourd’hui, toujours pour la même raison.

Jusqu’au temps où, les cœurs seront tellement endurcis (à l’instar de Pharaon), que de nouveaux fléaux s’abattront sur l’humanité ?

Sera-ce lorsque les idoles de notre monde auront envahi tous les recoins de nos existences ? « Tu ne te prosterneras point devant un autre Dieu ; car l’Eternel porte le nom jaloux, il est un Dieu jaloux » (Ex 34,14). Combiens d’idoles et de Baal de nos jours ?

Jusqu’au temps du « dévoilement », le temps de l’Apocalypse ?

« Il viendra (de là) pour juger les vivants et les morts », nous dit le Symbole des
apôtres, reprenant notamment les paraboles du Royaume dans Mt 13.

« …Vous savez en quel temps nous sommes… »

Frères et sœurs, c’est le temps où « l’Esprit et l’Épouse disent : Viens ».

C’est le temps de la préparation de l’Épouse ; c’est le temps où, plus que jamais, il nous faut entrer dans le projet et le temps de Dieu.

Le livre de la Genèse nous dit que, lorsqu’il eut terminé son œuvre créatrice, Dieu vit que tout cela était très bon. Le jardin d’Éden, ce n’est pas seulement un jardin vierge, sans pollution ni destruction ; c’est d’abord le théâtre de l’alliance de Dieu avec l’homme sans péché, là où commence le temps de Dieu, selon son plan pour la création, terre, humains, cosmos. C’est le théâtre ou se déploie « l’amour fou de Dieu pour sa création » (selon le titre du livre de J.P. Gabus). Amour fou qu’il nous revient d’accueillir avec reconnaissance, dans la repentance et dans la foi, en nous revêtant du Christ.

Frères et sœurs, que cette prise de conscience aigüe des menaces qui pèsent sur notre terre et sur le devenir de l’humanité, que notre mobilisation pour le respect et la protection de la planète se manifestent comme un engagement pour la création tout entière.

Que ce « temps de la création », replace chacun dans cette attente de la venue du Messie, dans la préparation de l’Épouse pour le retour de l’Époux. Que chacun se positionne dans ce combat qui devrait être celui de toute l’Église.

Si nous menons le bon combat, dans la vigilance et la prière, nous sommes plus que vainqueurs en Jésus-Christ. Comme nous le dit Paul avec force dans Rm 8, 37 :

37 Mais dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. 38 Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, 39 ni les puissances, ni les êtres d’en haut, ni ceux d’en bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur.

Que chacun brandisse la bannière du Christ victorieux !

Veillons et prions ; gardons nos lampes pleines et allumées ; prenons soin de la création et faisons fructifier les immenses talents que le Maître nous a confiés.

« Vous savez en quel temps nous sommes… »

Alors, avec cette finale de l’Apocalypse nous pouvons dire :

« Celui qui atteste ces choses dit : Oui je viens bientôt (vite). Amen, viens Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! »

Amen !

(1) Lynn White, « The Historical Roots of Our Ecologic Crisis », Science, Vol 155, n°3767, 10 mars 1967
(2) Le verbe « dominer » peut d’ailleurs être interprété comme exercer une responsabilité « royale ».
(3) http://fastfortheclimate.org/fr/