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"Quelques miettes du pain de vie", par Christine Décamp

Cultes du dimanche 25 octobre

Ce soir, je voudrais vous raconter une histoire incroyable qui m’est arrivée la semaine dernière : ma mère a rencontré Jésus ! Oui oui, vous avez bien entendu : Jésus, en personne, ce rabbi appelé Jésus dont tout le monde parle !
 
Ah pardon, j’ai oublié de me présenter…
 
Je suis la fille de cette femme étrangère, celle que l’on appelle tantôt la Cananéenne, tantôt la Syro-phénicienne. C’est comme vous voulez ! Nous habitons, ma mère et moi, dans cette région frontalière, la Phénicie, au Nord du pays d’Israël, sur la côte, entre les villes de Tyr et de Sidon.
 
Nous vivons toutes les deux dans une petite maison du bord de mer. Vous savez, depuis qu’elle est veuve, ma mère doit se débrouiller toute seule. Elle travaille quand elle le peut pour que nous vivions, ou plutôt survivions, grâce à quelques miettes de pain ramassées par-ci par-là et grâce à de la petite friture abandonnée sur le port après le marché aux poissons.
Même si nous ne vivons pas dans le luxe et le confort, cela ne nous empêche pas d’être heureuses, Maman et moi !
 
Enfin seulement jusqu’au jour où j’ai commencé à avoir mal à la tête, terriblement mal à la tête. Peu après, j’ai ressenti mes premières convulsions envahir mon corps, de la tête aux pieds. Et maintenant ce sont des crises de plus en plus fortes qui me réveillent toutes les nuits où je ne peux pas m’arrêter de hurler. Si vous saviez comme c’est fatiguant ! Fatiguant non seulement pour moi mais aussi pour ma mère. Je vois bien que depuis quelque temps elle a des cernes sous les yeux qui ne s’effacent pas. Cette maladie est là mais que voulez-vous, rien n’y fait… On a eu beau chercher tous les remèdes possibles : on a d’abord fait appel au guérisseur du village voisin qui m’a fait boire ses décoctions de plantes pas très ragoûtantes ; et puis on a essayé le bain de mer en pleine nuit - au moins c’était rafraîchissant - et enfin, les offrandes parfumées dédiées aux divinités de notre pays mais qui n’ont, hélas, pas bougé d’un pouce…
 
Vous savez, ma mère a un grand cœur et surtout beaucoup de mérite car elle donne tout ce qu’elle peut pour essayer de me soigner. Sans compter tout ce qu’elle endure comme regard noir, moquerie, insulte à cause de moi. Les gens commencent vraiment à la regarder de travers et ils se demandent ce qu’elle a bien pu faire pour que je sois malade comme ça ! Y en a même qui disent que je suis possédée par un démon. Non, ils s’imaginent de telles choses, il y a tellement de rumeurs à notre sujet que je n’ose même pas vous les raconter. Comme si c’était de sa faute, à ma pauvre maman !
 
Mais voilà, un beau jour, tout a changé lorsque l’on a entendu parler d’un homme, un certain Jésus de Nazareth. Il paraît qu’il est incroyable cet homme, qu’il fait des choses prodigieuses. C’est la boulangère qui en a parlé à ma mère lorsqu’elle venait chercher un petit bout de pain rassis invendu de la veille.
 
Au début, on a cru que c’était encore un de ces hurluberlus. Vous ne trouvez pas ça bizarre, vous, un homme qui se balade avec un petit groupe d’adeptes, les « disciples » qu’ils s’appellent, et à qui il enseigne des tas de choses incompréhensibles : comme quoi ce Jésus serait une vigne et nous on serait des sarments ! Et encore qu’il serait le chemin, la vérité et je ne sais plus trop quoi… Maman a même entendu dire qu’il aurait guéri un lépreux en le touchant et qu’il aurait nourri, tenez-vous bien, une foule de 5 000 hommes avec seulement 5 pains et 2 poissons !
 
Mais ma mère, la Syro-phénicienne, croyait à fond en ce rabbi, ce Jésus de Nazareth. « Ma fille, il est notre seul et dernier espoir de te guérir ! », m’a-t-elle dit un beau matin. Elle en était persuadée, elle y croyait dur comme fer. Tellement qu’elle a eu le culot d’aller à sa rencontre et de le supplier de faire quelque chose pour moi.
 
Et c’est ainsi que ma mère a rencontré Jésus ! Elle savait qu’il se trouverait dans ce village ce jour-là. Notre voisine, une brave dame, la seule qui accepte de vivre près de chez nous, la seule qui nous comprenne et qui nous apporte son aide de temps en temps, c’est elle qui a appris à ma mère où se trouvait ce Jésus. Elle avait entendu dire qu’il avait passé la frontière et qu’il s’était retiré dans une maison de la région. Alors ma mère n’hésita pas une minute à s’y rendre et quand elle aperçut la maison indiquée, ni une ni deux, elle osa en franchir le seuil et se prosterna devant lui. Elle le supplia d’intervenir, de dire une parole, de faire un geste pour que je guérisse.
 
Mais comme tous les autres, il n’eut pour réaction que de l’indifférence : pas un mot, pas même un regard pour celle qui était à ses pieds. Il doit en voir tellement des gens comme elle à longueur de journée : des boiteux, des aveugles, des sourds, des infirmes qui l’implorent de poser ses mains sur eux… Alors ma mère s’est demandé, l’espace d’un instant, si elle n’aurait pas du se taire et si elle avait bien fait de venir. Pourtant elle ne s’est pas laissé impressionner, même si cette attitude l’a profondément blessée. Je crois que plus d’une se serait enfuie en pleurs mais elle, elle ne s’est pas démontée, elle a résisté, sans avoir le moindre doute sur lui.
 
D’ailleurs, voyant qu’elle était toujours là, ce Jésus se décida à lui parler pour la mettre dehors : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens. » Ma mère, si vous la connaissiez, vous diriez qu’elle est plutôt du genre tenace. Essuyer un refus, se faire traiter de chien, rien ne lui fait peur. Au contraire cela la rend plus forte, lui permet de résister. Elle a ce petit quelque chose en plus, cette petite flamme qui brûle en elle et qui a fait toute la différence. Elle en était tellement persuadée, au plus profond d’elle-même, que c’était lui et lui seul qui saurait me délivrer mon mal.
 
Si elle n’est qu’un petit chien, alors elle peut néanmoins se glisser sous la table et récupérer les miettes tombées. Ça lui suffit, elle ne demande même pas une grosse miche de pain frais, mais juste quelques miettes tombées. Et là enfin elle ressentit que tout avait changé, que plus rien n’était comme avant. Quelque chose s’était produit durant cette rencontre. Pour la première fois de sa vie, ma mère, la Syro-phénicienne, savait ce que cela signifiait quand une espérance, une demande, une prière est exaucée ! Avec une simple miette de pain, le rabbi Jésus, ce Jésus qui avait nourri 5 000 hommes avec 5 pains et 2 poissons, avait opéré un miracle : une guérison, ma guérison !
 
Restée seule à la maison, allongée comme d’habitude sur ma couche, en attendant le retour de ma mère, je l’avais pourtant tout de suite ressenti que tout avait changé. Même si je n’étais pas là, malgré la distance qui me séparait de ce rabbi prodigieux, j’avais perçu sa puissance et sa grâce. Je n’avais plus mal à la tête, plus de convulsion, plus envie de hurler. Un grand calme intérieur venait envahir mon corps tout entier.
 
Puis ma mère est revenue, rayonnante de joie et remplie par la grâce. Elle a immédiatement remarqué le sourire que je portais jusqu’aux oreilles. Ce Jésus ne l’avait pas trompée. J’étais bel et bien guérie et nous pouvions enfin vivre !
 
Je remercie ce Jésus pour ces miettes de pain, le pain de vie. Celui qui a nourri une foule de 5 000 hommes avec 5 pains et 2 poissons. Et si c’était lui celui que les juifs appellent « le Messie » ?

Cette semaine, lundi soir, j’ai participé à la première réunion du groupe des EDC. C’est un mouvement national d’Entrepreneurs et de Dirigeants Chrétiens (EDC) qui se réunissent chaque mois, pour témoigner de leur expérience professionnelle à la lumière de leur foi chrétienne. J’ai été appelée cet été pour être l’accompagnatrice spirituelle du groupe qui vient de se constituer au sein de notre paroisse. Nous avons discuté autour du thème de l’année qui est : être un dirigeant dérangeant et parfois dérangé. Chacun a expliqué comment il avait été dérangé par quelqu’un ou par quelque chose, et comment il se voyait dérangeant son entreprise, ses collaborateurs et même la société.
A la fin de la discussion, on me demande une relecture spirituelle, j’ai alors raconté l’histoire que nous venons de lire. Je leur ai parlé de cette rencontre inattendue entre Jésus et la femme Syro-phénicienne.

Comment Jésus, lui qui est normalement celui qui dérange, par ses actions (il fréquente les marginaux, aveugles, lépreux, prostitués, collecteurs d’impôts…) mais surtout par le contenu de son message (annonce le Royaume de Dieu), comment pouvait-il, à son tour, être dérangé. Le voilà pris au dépourvu, déplacé, bousculé par une femme, une étrangère qui plus est, et qui lui demande quelque chose d’insensé : la guérison à distance de sa fille.

Au départ, nous avons 2 personnes que tout oppose.

Mais au final, tous 2 se retrouvent étrangers car Jésus vient de passer la frontière et il y rencontre cette habitante de Phénicie. Tous 2 sont dans le besoin, en quête de quelque chose :

Elle est un peu comme une sage-femme qui fait accoucher Jésus de lui-même. En lui portant la parole de la part de Dieu, elle le fait grandir dans sa mission. C’est alors un Jésus à visage humain que nous découvrons dans notre récit. Un homme comme nous qui a encore tout à apprendre, qui évolue, qui adapte son message à son public. Il n’est pas un super-héros qui connaît tout et tout de suite. Comme pour nous, il lui faut du temps, se déplacer, rencontrer des personnes comme cette syro-phénicienne. Et ce sont tous ces événements qui vont le faire grandir dans sa mission.

Comment le dérange-t-elle ?

Quelques miettes de pain, du pain de vie. Voilà tout ce que demande cette femme, pas plus. Oui mais Jésus donne en abondance. Lui rassasie, comme il nourrit les foules en multipliant les pains et les poissons, au point que les corbeilles sont encore remplies après le repas.

Ainsi c’est une femme placée par Dieu sur la route de Jésus qui va lui ouvrir les yeux et préfigurer un Evangile offert à tous. Voilà un miracle inattendu, une rencontre imprévue qui va tout changer. Tout comme Jésus qui se laisse déranger par la Syro-phénicienne, acceptons d’être déplacé voire bousculé par l’autre lors d’inattendus qui surviennent dans nos vies.
Ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu.

Amen.