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Confesser notre foi à l’horizon de 2017

Cultes du 18 octobre 2015

Lectures :

Notre Eglise Protestante Unie est actuellement engagée dans un processus de réflexion en vue de l’élaboration d’une nouvelle confession de foi.

Aujourd’hui les réformés de France officiellement se réfèrent à la confession de foi de la Rochelle de 1559 et la déclaration de foi de 1938. Et les luthériens se reconnaissent dans la confession de foi d’Augsbourg, de 1555.

En 2017 nous commémorons, comme vous le savez, que Luther, il y a 500 ans exactement a déclenché la réforme de l’Eglise en affichant ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg en Allemagne, le 31 octobre 1517.
Le conseil national de notre église a mis en route un chantier de réflexion pour aboutir au synode de 2017 à Lyon à une confession de foi commune entre réformées et luthériens. Ce processus vise à renouveler notre témoignage chrétien et protestant. Dans un monde bien différent du monde dans lequel Luther a affirmé sa foi. Notre paroisse propose dans les semaines et mois à venir des moments d’échange dans ce

Commençons avec quelques questions en rapport à ce sujet : celui d’une nouvelle confession de foi pour notre Eglise Protestante Unie.

Comment confesser aujourd’hui notre foi dans le monde, avec quels mots et langage pour que nous soyons compris et entendus ? Est-ce qu’il est encore possible d’avoir une confession commune avec la grande diversité de théologies et de sensibilités au sein de notre église ? Est ce que la forme d’une confession de foi, un texte bref, pour dire nos convictions protestantes, est il adaptée pour toucher les hommes et femmes hors de nos églises ?
Est-ce que nos contemporains ne demandent pas davantage le témoignage d’un vécu avec Dieu que des discours sur Dieu ?

J’essaierai d’aborder quelques unes de ces questions.

D’abord, revenons un instant à Luther et sa réforme, à l’origine de nos confessions de foi protestante.
Quand, à la fin du Moyen Age et au seuil des temps modernes, Luther a reformulé la foi chrétienne, il opéré une véritable révolution en rapport à Dieu, à l’homme et son salut. Ce professeur des saintes écritures à l’université de Wittenberg, ce moine vivant selon la règle de saint Augustin avait profondément médité des lettres de Paul et de la théologie de saint Augustin.
En faisant cela il est arrivé à la conclusion, à la conviction et la certitude, que ce qui compte dans le christianisme n’est pas ce que l’homme fait pour Dieu – pour gagner son salut, mais ce que Dieu a fait pour l’homme.
Ce que Dieu a fait pour l’homme en Jésus Christ : Jésus Christ mort pour tous les hommes sur la croix pour notre réconciliation avec Dieu.
En affirmant que ce salut est d’abord et fondamentalement un don, une grâce de Dieu, Luther a proposé une nouvelle manière de poser la question du salut de l’homme.
Et il y a apporté une réponse forte et claire, conforme à l’Ecriture.

Mais ce qui me semble important à méditer est ceci :
La reformulation de la foi chrétienne de Luther, audacieuse et révolutionnaire, a libéré une grande partie des chrétiens de leur angoisse existentielle et profonde devant la question de leur salut. Angoisse existentielle que Luther a connu lui-même au plus profond de lui.
Les hommes et femmes du 16e siècle vivaient dans la peur panique du jugement de Dieu et de la peur de l’enfer. Angoisse qu’ils cherchaient à exorciser par d’innombrables pratiques de repentance, de piété, de sacrifices personnels et collectifs, des pèlerinages et des messes sacrificiels en très grand nombre.
Luther, en annonçant le salut gratuit par la foi Jésus Christ, a apaisé les consciences d’une grande partie des chrétiens de l’Europe.
Cela explique l’impact qu’il a eu dans toute l’Europe. L’imprimerie et la multiplication des livres était venue à point pour diffuser ses idées.

MAIS, il a un mais… Luther s’adressait à des hommes et femmes dans un monde encore chrétien.
L’Europe était encore chrétienne. Ce n’est plus notre situation aujourd’hui : nous vivons dans une société postchrétienne. Une société qui a plutôt tendance à nier ou oublier son passé chrétien. Notre confession de foi aujourd’hui doit prendre acte de cela. Par exemple : La peur de l’enfer et du dernier jugement n’est plus l’angoisse principale des européens comme à l’époque de Luther ! C’est quoi une confession de foi dans une société post chrétienne et quel est le langage de salut qu’elle doit adopter ?
La question n’est pas évidente !

Deuxièmement, Luther formule ses thèses contre Rome et contre son interprétation de l’Evangile. Ajoutons : contre ses ‘perversions’ de l’Evangile. Pensons seulement à la pratique des indulgences !
Ce combat a profondément marqué ses propres thèses, sa propre théologie. Là encore ce n’est plus notre préoccupation majeure. J’espère !
D’ailleurs nous nous sommes mis d’accord avec Rome, officiellement, que l’homme est sauvé par grâce et qu’il montre sa foi par la charité c.à.d. par les œuvres. Victoire posthume de Luther. Réhabilitation du message de Luther.

Notre confession de foi ne peut plus être une affirmation de notre propre identité en rapport à Rome. Cela serait une erreur grave, qui se tromperait de public, qui ignorait un siècle de travail œcuménique et qui nous tournerait vers le passé et non vers l’avenir !

La question se pose donc de savoir à qui nous voulons adresser notre confession de foi aujourd’hui : à ceux hors de nos églises, à nous-mêmes, à Rome, aux évangéliques, à ceux en quête de sens, aux autres religions ?
Quel langage devrons-nous adopter pour dire notre identité protestante et en rapport à qui ? Comment être entendu par les autres ? Comment reformuler les convictions de Luther dans un monde postchrétien ?
Les réponses sont loin d’être facile.

D’autant plus que nous protestants, nous réformées français, nous avons cultivé une grande diversité de théologie, de lectures bibliques, de sensibilités spirituelles au sein de nos églises. Entre autres parce que nous sommes très attachés à la liberté de penser et de croire.

D’ailleurs cela s’inscrit très bien dans notre époque qui a horreur de toute uniformité de croire, des dogmes ou des pensées imposées à tous et qui laisse à l’individu toute la liberté de croire ce qu’il a envie de croire.
Le croire individuel mobilise nos contemporains, mais ils se méfient du croire collectif.
Ce que cela implique pour notre confession de foi commune comme Eglise Protestante Unie de France, je ne sais pas, mais je pose la question.

Un autre point, pas moins important, je pense :
Les sociologues de religion disent que nos contemporains sont devenus de moins en moins sensibles aux discours officiels des églises : les discours leur parlent moins que le vécu, le témoignage vivant, l’expérience concrète, l’émotion sincère…

Cela veut dire dans le domaine du religieux : ils cherchent à « expérimenter » Dieu, une expérience personnelle de Dieu, une vie transformée par l’action de Dieu ou par son Esprit.

C’est le rayonnement d’une personne qui « parle », qui séduit ou inspire….
Méditez seulement le succès planétaire du pape François ! Sa manière d’être, sa spontanéité et humanité ont fait bien plus ce dernier temps pour redonner une certaine crédibilité à l’Eglise catholique que des centaines de déclarations, de prise de parole et des encycliques venus de Rome depuis des dizaines d’années !

Qu’est ce que cela veut dire ?
Ceci, je pense : nous avons plus besoin de chrétiens qui témoignent par leur vie, par leur engagement que de beaux discours sur Dieu ou de belles confessions de foi.
Même si elles sont très vraies, fidèles à l’Evangile et bien formulées !

Après 2000 de christianisme, le monde a soif des hommes et femmes transformées par l’Evangile. Bien plus que des belles déclarations !
Des belles déclarations qui redisent et reformulent ce que nous avons dit déjà depuis si longtemps au monde au point qu’ils nous n’écoutent plus et qu’ils montrent une certaine lassitude devant le message chrétien.

Disons, brièvement, un mot sur les trois textes bibliques en soulignant trois choses :

  1. C’est à méditer que c’est Jésus lui-même qui provoque auprès de ses disciples une confession de foi en Lui : Qui suis-je pour vous ? Toute confession de foi chrétienne est au fond réponse à cette question de Jésus : qui suis-je pour vous ? Pour toi ? Voilà ce qui peut nous aider à témoigner de notre foi dans le monde d’aujourd’hui : savoir dire avec nos mots ce qui est Jésus pour nous, pourquoi il nous touche autant, nous ouvre le regard sur Dieu, nous révèle à nous même, nous pousse plus loin à aimer Dieu et notre prochain. Si vous savez dire pourquoi vous aimez Jésus, vous saurez témoigner de votre foi en Lui, confesser votre foi en lui. Et c’est cela une confession chrétienne.
  2. Deuxièmement, le texte de l’apôtre Paul. Paul n’a pas connu Jésus comme les autres apôtres et il est devenu pourtant le plus grand témoin du Christ dans le Nouveau Testament. Il a traversé à pied et en bateau toute l’empire romain, ou presque, pour témoigner de sa foi en Christ. « Je n’ai pas honte de l’Evangile » écrit-il aux chrétiens de Rome. Comment est-il devenu ce témoin incomparable, joyeux et puissant de Jésus Christ ?Nous connaissons la réponse : il a rencontré personnellement Jésus Christ, le Ressuscité ou plutôt le Christ Ressuscité est venu à sa rencontre sur le chemin de Damas. Ce qui a transformé sa vie, réorienté sa vie, rempli sa vie au point de exclamer : « ce n’est plus moi qui vit mais le Christ qui vit en moi ! » Celui qui a rencontré le Christ Vivant ou s’est laissé rencontré par Lui trouvera toujours les mots et la joie pour témoigner de sa foi en Lui !
  3. Disons enfin un mot sur l’homme du psaume 40 qui n’a pas rencontré le Christ mais qui trouve une grande joie à témoigner de sa foi au milieu de l’assemblée des croyants. « Dieu a mis un chant nouveau dans ma bouche ! ». Dans le même psaume, il exprime comment il a souffert, qu’il a été déprimé, au fond du puits (voir les versets 2 +3.). Cet homme a réellement expérimenté que Dieu l’a aidé, sauvé, tiré du fond, remis un chant nouveau dans sa vie. C’est cela ce que lui a donné l’envie de témoigner de sa foi…Relisons seulement le vs 11.

Il faut conclure : l’année 2017 sera un rendez-vous important pour notre Eglise protestante Unie de France.
Oui, nous avons besoin d’un texte qui dira notre foi commune et notre identité protestante. Nous avons d’abord besoin de le dire à nous même, je pense.
Des commissions de travail y travaillent déjà pour pondre un texte qui peut obtenir l’aval du plus grand nombre.

Notre nouvelle Eglise mérite une nouvelle confession de foi.
Un "sacré" challenge dans ce début du XXI siècle, dans la société qui est la nôtre, si éloignée de la société chrétienne européenne du temps de Luther.
Une chose est sûre : la question, la quête et le langage du salut des hommes que nous sommes dans ce début du XXI siècle, n’est pas le même qu’au 16 siècle. Ce qui n’a pas changé est le message, ou la vie et la personne de Jésus Christ. Ni Dieu et son amour pour nous.

Mais Dieu a besoin de vous et de moi pour témoigner de ce qu’il fait et ce qu’il est, pour témoigner de la puissance libératrice de l’Evangile de Jésus Christ.
C’est un témoignage de vie, que nos contemporains attendent de nous, un vécu authentique de Dieu, des vies transformées.
Et donc un langage vrai, sincère et nouveau qui peut toucher leur cœur.

Il nous faut demander, prier Dieu qu’il mette dans nos bouches un chant nouveau, un chant qui vient des cœurs et de nos vies transformées.

Voilà ce que Dieu attend de nous, je pense.

Ce qu’Il attend aussi de l’Eglise Protestante Unie de France et de notre communauté à Pentemont-Luxembourg, de vous et de moi, et de tous ceux qui veulent se joindre à nous.

Amen