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L’Alliance écologique dans la Bible : l’Alliance oubliée

Cultes du 1er novembre

Lectures :

A un moment où l’humanité entière est convoquée pour réfléchir sur l’avenir de la planète avec la grande rencontre du COP 21 qui débute le 30 novembre à Paris, nous chrétiens, nous ne pouvons pas rester en marge de cet évènements et ses enjeux et débats.

En tant que chrétiens nous sommes aussi invités à nous situer, nous interroger, nous engager.
En sachant que les questions écologiques n’ont pas toujours été très mobilisatrices dans nos églises. En tous cas pas en France. Dans les églises Allemagne et aux Pays Bas, bien plus, selon ce que j’ai pu lire et entendre.

Si j’aborde ce sujet ce soir c’est parce que, aujourd’hui, le 1er novembre, notre Eglise Protestante Unie nous invite à rejoindre ce soir même la préparation de la grande marche du 29 novembre à Paris à la veille de l’ouverture du COP 21 pour dire aux acteurs politiques du monde entier que nous attendons d’eux des décisions courageuses et engagées à la mesure des enjeux écologiques pour la planète, qui sont énormes, nous le savons tous.

J’ai choisi trois textes pour méditer ce soir avec vous sur ce sujet à partir du message biblique. Deux textes de Genèse autour de la création de l’homme par Dieu et le récit de la promesse solennelle de Dieu après le déluge que plus jamais une telle catastrophe arrive.
Commençons avec le récit de Genèse 2, probablement le récit le plus ancien des deux récits de la création.

Il nous a raconté comment Dieu a placé l’homme, fraîchement créé par le créateur, dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder.
Ces textes d’origine sont bien sûr mythologiques et non historiques, nous sommes d’accord là-dessus, je pense.
Soyons aussi d’accord pour dire que ces mêmes mythes bibliques des origines disent des vérités fondamentales et existentielles pour nos vies : sur notre rapport à Dieu et de Dieu à nous, sur notre rapport aux autres et au monde dans lequel nous vivons.
C’est dire toute leur importance.

Dieu confie donc la terre à l’homme pour la ‘cultiver’ et la ‘garder’.
Cultiver c’est ‘prendre soin’, faire ‘fructifier’, laisser la vie se développer selon ses étonnantes potentialités ; cultiver c’est travailler avec intelligence, transformer la nature et lui donner l’empreinte de la culture. Comme on cultive un jardin.
Garder c’est préserver, préserver et conserver dans le temps, c’est respecter ; c’est le contraire de détruire.

L’importance de ce texte pour une éthique chrétienne en rapport à la sauvegarde de la création est évidente. Sur ce texte il est possible de fonder une théologie chrétienne qui peut orienter et soutenir notre engagement écologique en faveur de la sauvegarde de la planète.

Mais… l’honnêteté intellectuelle doit nous, chrétiens, nous pousser à reconnaître que c’est l’autre récit de la création, celui du Genèse 1, qui, depuis des siècles, a marqué et déterminé la théologie chrétienne sur la place de l’homme en rapport au monde du vivant.

Que dit Genèse 1 ? Vous connaissez la réponse : Dieu crée l’homme le 6e jour à son image. L’être humain est différent de tout le reste de la création à cause de cette ressemblance avec Dieu. Il est une créature supérieure à la terre, à la mer, à la lune et le soleil, à tous les êtres vivant des herbes et plantes jusqu’aux animaux le plus évolués.
Dieu lui-même dit à l’homme qu’il est le maître des autres êtres et que l’homme doit dominer la terre.

Il est possible de traduire le mot hébreu autrement par exemple par ‘régner’ et essayer d’expliquer que régner dans la bible n’est pas dominer ou exploiter mais plutôt une attitude ou la protection des faibles et le respect de la justice sont mis en avant. Mais c’est peut être trop vouloir corriger ou déjà interpréter théologiquement un mot qui introduit bien et belle une supériorité de l’homme en rapport à la nature !

Dominer le reste de la terre, se multiplier sur terre…..voilà ce que « l’espèce homme » a réellement et historiquement fait sur la planète terre. Depuis qu’il est devenu plus intelligent et plus habile que les autres espèces sur terre.

Mais, nous le savons, cette domination de l’homme sur la terre et sur les autres êtres vivants a dégénérée en exploitation massive et industrielle des ressources de la terre, des animaux, des forêts et des océans. Et cela à partir de la révolution industrielle au 19e siècle. Révolution qui avec ses accélérations et innovations au XX et XXI siècle a crée le monde dans lequel nous vivons.

Pollution de l’eau, de l’air, de la terre, désertification, déforestation, extinction des espèces, réchauffement climatique, changement climatique….vous connaissez la liste noire des exploits de l’homme ces derniers deux siècles.
Aujourd’hui c’est la nature elle-même qui nous rappelle par des catastrophes naturelles répétées et de plus en plus inquiétantes que l’homme est allé trop loin.
L’homme est devenu une menace pour la vie sur la terre, pour les autres espèces, pour lui-même.

On peut – il faut !- se poser la question si le christianisme n’a pas encouragé et justifié l’exploitation de la nature par l’homme.
La première chose que Dieu a dite à l’homme, qu’il vient de créer, est, selon la Bible, dominez les autres êtres vivants ! Certes dominer n’est pas exploiter mais on voit bien le glissement de la domination vers l’exploitation.

Les écologistes ajoutent que la Bible, dès sa première page, désacralise la nature : la lune et le soleil, la terre et la mer sont créés par Dieu et en rien sacrés. Ce sont des simples créatures.
La nature ainsi désacralisée devient un objet à manipuler dans la main de l’homme, à utiliser et à exploiter sans limites à l’usage de l’homme.

Comment s’étonner que la bête noire de beaucoup d’écologistes est bien le christianisme où a tradition judéo-chrétienne de la Bible. A cause de la première page de la bible, Genèse 1, qui fait de l’homme le dominateur et le maître du vivant et à cause d’une vision de salut où l’homme prend toute la place.
Les chrétiens que nous sommes avons sans doute à entendre cette critique, à l’accueillir, à y réfléchir ; à faire une autocritique sur ce sujet, de la relation entre l’homme et la terre, l’homme et le vivant.

Je le sais : il y a des visions messianiques dans la bible, chez certain prophètes, qui incluent la nature dans le nouveau monde messianique à venir : hommes et bêtes sauvages vivront le sjaloom de Dieu ensemble « le lion et l’agneau vivront en paix, l’enfant se couche avec un serpent »).
Mais ce monde messianique a été trop souvent situé simplement à la fin des temps, hors du temps, création nouvelle de Dieu et pas responsabilité de l’homme.

Oui, le christianisme a sa part de responsabilité dans l’histoire de la domination à l’outrance de la création par l’homme, il faut le reconnaître, humblement et lucidement, dans un esprit de repentance.
Je pense aussi que le système capitaliste est le premier responsable de l’état actuel des choses du monde. Système capitaliste qui fonctionne à partir de son principe fondamental et croît fermement dans son dogme principal : le profit avant tout ! Plus d’argent fera un monde plus heureux. Au Dieu profit, au Dieu argent, Au Dieu Mammon, le système capitaliste est prêt à sacrifier tout comme on se sacrifie pour les dieux.

Heureusement il n’y pas seulement Genèse 1 dans la Bible mais, Dieu merci, aussi Genèse 2. Genèse 2 qui parle de cultiver et garder le jardin de la vie.
Dieu a dit à l’homme : cultivez et gardez le jardin, la terre, la vie, que je vous ai confié !

Il y a un autre chantier à explorer de toute urgence pour repenser notre théologie et notre parole chrétienne sur ce sujet. Nous devrons revenir à l’Alliance la plus oubliée de la bible ; je parle de l’Alliance de Noé.
C’est bien la première Alliance dans la Bible, qui précède l’Alliance de Dieu avec Abraham et avec Moïse.
Quand l’humanité a fait naufrage, Dieu permet un nouveau commencement avec Noé. Dieu s’engage de faire Alliance avec tous les êtres vivants sur terre. Tous les êtres vivants : animaux, plantes, insectes oiseaux….
C’est l’Alliance oubliée de la Bible. C’est l’Alliance originelle, qui concerne toute l’humanité, et tout les vivants sur terre.

Le temps me manque pour le commenter ce texte en détails : allons donc à l’essentiel.
Je me concentre donc sur la notion de l’Alliance de Dieu avec tous les êtres vivants, qui me semble bien l’essentiel de ce texte.

Le Déluge, ce grand naufrage de l’humanité par la montée des eaux ! à cause de ses péchés multiples, est aussi un récit mythologique, bien sûr. Mais à nouveau : ne diminuons en rien le massage existentiel et spirituel de ce texte aux accents archaïques !

Après le Déluge, Dieu s’engage très solennellement, oui, fait Alliance, et cela avec tous les êtres vivants, pour que plus jamais une telle catastrophe arrive. Catastrophe qui met en danger et les hommes et tous les êtres vivants sur terre.

Et Il pose un signe dans le ciel pour que les hommes s’en souviennent : l’Arc-en-Ciel.
Ce phénomène dans le ciel de la rencontre entre la lumière et l’eau.
Phénomène étonnant et si mystérieux, qui a fasciné les hommes et femmes primitives et chacun de nous quand nous étions enfants.
C’est aujourd’hui pour nous le signe de l’Alliance oubliée mais à retrouver : l’Alliance écologique de Dieu, Alliance avec tous les êtres vivants.
Cette Alliance écologique dans la bible me semble extrêmement importante à méditer, à redécouvrir, à mettre en œuvre, aujourd’hui.

Dieu a fait alliance avec tous les êtres vivants parce qu’Il sait, mieux que l’homme, la valeur de la vie, de sa création, de chaque être vivant.
Le plus petit des insectes est déjà tellement complexe pour le chercheur et tellement grandiose et beau, si une camera se rapproche de lui : celui qui étudie le monde des insectes le sait et s’en émerveille ! Sans oublier l’utilité de l’insecte : pensez seulement aux abeilles, en danger de mort maintenant à cause des pesticides dans beaucoup d’endroits du monde occident.

Est-ce qu’il faut le rappeler ? L’homme n’est pas capable de créer un seul insecte, ni de créer une seul cellule vivante ! On peut cloner ce qui est autre chose, mais ne pas créer !
La science, qui se croît par moment en ce début du XXIe siècle toute puissante, qui pense allègrement expliquer la religion par le seul fonctionnement du cerveau – continuant à sa manière et naïvement la pensée réductionniste du XIXe siècle dans ce domaine – la science n’est pas capable de créer une seule cellule vivante. Une seule ! Les scientifiques disent que nous en sommes très loin ! Alors un peu d’humilité mes amis chercheurs, philosophes, scientifiques, devant le mystère de la vie et encore plus devant le mystère de l’homme et de Dieu !

Dieu a fait selon le récit de Genèse 9 Alliance avec tous les êtres vivants.
Nous devrons faire comme Dieu, nous devrons imiter Dieu.

L’homme seul sur terre peut agir pour protéger la vie, les animaux, les océans, les forêts, faune, fleurs et insectes…nécessaires aux équilibres de la vie sur terre. L’homme seul est responsable – ce ne sont pas les animaux qui vont régler nos problèmes.
L’homme seul peut agir, réfléchir, changer, se repentir…avec sa responsabilité envers tous les espèces et la terre, qui nous incombe. Responsabilité redoutable, celle de notre génération dans ce début du XXI siècle !

Dans la Bible Dieu prend l’homme au sérieux comme un partenaire, un être responsable, vis-à-vis des autres hommes mais aussi vis-à-vis de sa création. Selon Genèse 2 il a planté l’homme dans un jardin pour le cultiver et le garder. Bref, pour un développement durable qui respecte et entretient la beauté du jardin, de la terre, de la vie, nous est confié.
Notre responsabilité est envers les générations futures, c’est-à-dire celle de nos enfants et petits enfants déjà confiés à notre responsabilité.

Allons marcher à Paris, le 29 novembre avec tous les hommes et femmes, conscients des enjeux et responsables devant notre avenir commun.

Pour que nos enfants puissent grandir dans un monde où il fera bien vivre pour tous, parce que nous avons réappris à vivre respectueusement vis-à-vis de la terre, les animaux, les mers et les forets, cette vie qui nous entourent et qui nous a donné la vie et qui est si belle !

AMEN