Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/clients/08b2940cb220813cf95a4dd05d720110/web/config/ecran_securite.php on line 283

L’éloge protestant de Marie, mère de notre Sauveur, par le Pasteur Adreas Lof

Cultes du dimanche 4 décembre 2016

Lectures :

Chers sœurs et frères,

Deux femmes enceintes qui se rencontrent, une femme jeune et une femme plus âgée, elles sont cousines, Marie et Elisabeth et se réjouissent ensemble de cette heureuse attente. Leur joie rejaillisse même sur leur bébé dit le texte ; en tout cas le petit Jean baptiste remue dans le ventre de sa mère comme s’il salut déjà son futur cousin Jésus.

La joie de cette rencontre entre Elisabeth et Marie nous aidera ce premier dimanche de l’Avent à entrer dans la joie de l’attente de la naissance du Christ.
Celui qui nous est promis comme la lumière de Dieu pour éclairer nos vies, nos ténèbres et guider nos pas sur le chemin de la paix.
Oui, nos vies ont besoin de la paix de Dieu. Nous la désirons tous cette plénitude de la paix de Dieu : parfois très clairement comme un cri du cœur, parfois sans trop en être conscient. Le monde en a besoin, besoin de trouver le chemin de la paix. Le monde dans ce début du XXI siècle qui vit et avance avec son lot d’incertitudes, de brouillards et de bouleversements politiques, de mécontentement voire de révolte social, tenté ou séduit par le populisme et du repli sur soi, des conflits interminables comme au Moyen Orient qui continuent à jeter des populations par milliers sur la route de l’exil ou sur les flots des mers ou tous n’arrivent pas au bon port. Nous qui ont connu des attentats meurtriers et horrifiants en France et à Paris en 2016, ou notre jeunesse ou nos enfants n’était pas épargnés, nous aspirons avec toute l’humanité à la paix, à une vie en sécurité à l’abri de la violence, dans ce début du XXI siècle. Pour nous et pour nos enfants et pour nos frères et sœurs en humanité.

Cette page de l’Evangile de Luc nous invite, ce matin à la joie et à l’espérance. D’une nouvelle naissance, d’un nouveau commencement voulu, désiré par Dieu. Pour nous, avec nous. Pour ce monde.

Elle place pour nous ce matin en plein lumière Marie, la jeune femme, choisi par Dieu pour donner au monde Celui qui sera le Messie attendu d’Israël, lumière et salut de Dieu pour tous les hommes.
Elisabeth, son aînée, sa cousine s’exclame devant elle d’une manière élogieuse, avec un expression tout à fait orientale et hébraïque :
« Marie tu es bénie parmi toutes les femmes ! »

Rembrandt, ce grand artiste amoureux de la Bible, a fait un magnifique tableau de cette rencontre où il nous a peintes ce moment exacte de l’histoire, de cet éloge d’Elisabeth vis-à-vis de la jeune femme au moment de l’accueillir devant sa maison. Il y des enfants autour, le vieux Zacharie, aveugle, qui sort péniblement de la maison et un âne qui traîne ayant porté Marie jusqu’à là. Rembrandt fait tomber une lumière du ciel sur le visage d’Elisabeth dans sa face à face avec Marie, qu’elle acclame comme la future mère du Sauveur. Elle a ses yeux tournés vers le ciel comme si l’Esprit Saint lui est tombé dessus, ce qui correspond parfaitement avec le texte qui dit « à cet instant Elisabeth fut rempli du Saint Esprit et écria d’une voix forte « Marie, Dieu t’a bénie parmi toutes les femmes et sa bénédiction repose sur l’enfant que tu portes en toi ».

Voilà pour cette page de l’Evangile de Luc qui met donc en plein lumière pour nous ce matin Marie, la mère de notre Sauveur.

L’église catholique a, comme vous le savez bien, fait sienne et prolongé, en quelque sorte, l’éloge d’Elisabeth envers Marie ; en lui donnant une place unique dans l’église et sa piété, ou encore dans sa théologie.
Et comme vous le savez, faire l’éloge de Marie, cela est pour nous, je veux dire pour nous protestants, chose ni évidente, ni habituelle…..voire un peu circonspecte !

Oui, nous ne voulons pas mettre Marie trop en avant, dans notre foi, notre liturgie ou notre théologie…Pourquoi ? Parce que nous craignons qu’en la mettant trop en lumière, qu’on met son fils, dans l’ombre. Jeu théologique du clair-obscur autour de Marie et de son fils.

Notre pudeur protestante envers Marie – parce qu’on peut parler d’une pudeur protestante envers Marie- se comprend surtout comme une réaction contre la tradition catholique ; contre la place que l’église catholique donne à Marie dans sa piété, sa prière, ses dogmes. Et d’abord parce que nous jugeons cette place, cette piété, cette théologie non conforme à l’Ecriture, non justifié au témoignage de l’Evangile. L’Evangile veut témoigner du Christ ; parce que c’est lui qui est notre salut. Marie joue un rôle très secondaire dans les Evangile et les évangiles ne cachent même pas les tensions entre Jésus et sa propre famille par exemple dans l’Evangile de Marc ch. 3 ou sa famille Marie en tête vient chercher Jésus en disant qu’il a perdu la tête. A cette occasion jésus a dit qui est ma mère, mes frères, mes sœurs…tous ceux qui font la volonté de mon père dans le ciel. C’était un moment de rupture entre Jésus et sa mère et sa famille. Pas d’éloge dans la bouche de Jésus pour sa mère ; mais un mot d’amour du haut de la croix, oui, pour sa mère au pied de la croix à côté de Jean son disciple bien aimé « femme voici ton fils » « Jean voici ta mère »

Elisabeth dans l’Evangile de ce matin fait l’éloge de Marie comme « une femme bénie parmi toutes les femmes », comme celle qui a une place unique dans l’œuvre de Dieu, dans l’œuvre du salut.

Oui, peut-être, mais pour nous protestants il est contraire à l’évangile quand l’admiration pour Marie devient adoration de Marie ; quand parler de Marie devient parler à Marie, prier Marie comme si on peut prier à quelqu’un d’autre que Dieu seul ; quand l’humble servante du Seigneur est transformée en Reine du ciel, quand le Christ l’unique médiateur est doublé par Marie médiatrice, comme si la médiation du Christ serait insuffisante.

Nos amis catholiques nous disent : mais Marie intercède auprès de Dieu pour nous, comme elle a fait aux noces de Cana auprès de son Fils.
Certes ce jour là elle a mis au courant son fils de l’embarras dans la cuisine, mais de la conclure qu’elle est celle qui intercède pour nous dans le ciel ? Cela nous semble une forme d’exégèse qui place l’Ecriture douteusement au service du dogme au lieu de faire du dogme une explication claire et fidèle de l’Ecriture.
L’Ecriture est clair : le Christ est explicitement appelé dans le NT notre unique médiateur. Et n’est pas Jésus lui-même qui a dit ‘je suis le chemin vers le Père’ ou encore ‘je suis la porte’.
Donc pourquoi passer par Marie pour aller vers Dieu si le Christ lui-même nous invite explicitement à passer par lui ?
Osons rappeler sereinement et avec respect ces évidences de l’Ecriture à nos amis catholiques.

Mais qu’est-ce que nous avons nous à dire positivement sur Marie, nous protestants ?
Est ce que nous osons faire l’éloge d’elle, avec Elisabeth ?
En quoi elle peut inspirer notre foi, enrichir notre foi, ou simplement nous réjouir ?

C’est la Marie de l’Evangile, la jeune femme humble de Nazareth, choisie d’être la mère de notre sauveur, et qui a osé placer sa confiance en Dieu, dans sa parole et sa promesse, que nous voulons admirer et méditer, et oui, pourquoi pas aimer.
Aimer Marie parce qu’elle est la mère de Jésus. J’aime Marie parce qu’elle la mère de mon sauveur, de Celui qui éclaire ma vie, qui lui donne son sens, sa direction, sa joie et qui me donne des frères et sœurs ici et partout dans le monde.

Parlons de Marie selon l’Ecriture, selon le texte que nous méditons ce matin/ soir.
Nous l’avons dit et constaté : Elisabeth fait avec joie et inspiré par L’Esprit de Dieu, l’éloge de Marie. Elle lui dit ‘bienheureuse et bénie plus que toutes les femmes’.
‘Bienheureuse’. Le terme est utilisé par l’église catholique pour parler des saints ou des saintes. Le bienheureux St Martin, la bienheureuse Thérèse d’Avila.
Faut-il le rappeler : derrière cela se cache une théologie de la sainteté qui n’est pas la nôtre. Le protestant se méfie de toute quête ou étiquette de sainteté par l’homme lui-même. C’est uniquement par grâce que l’homme ou la femme participe à la sainteté de Dieu, par le Christ, avec le Christ, jamais par nos propres mérités.

Très bien…. mais Elisabeth dit bien et bel Marie ‘bienheureuse parmi toutes les femmes’.
Comment devons-nous comprendre cette expression, cet éloge de Marie ?

D’abord Marie n’est pas une fille plus heureuse que les autres…..
Ce n’est pas une qualité en elle qui est louée. C’est l’action de Dieu à son égard. Ce qui est tout autre chose !
Marie est bienheureuse parce que Dieu a choisi de bénir son peuple et toute l’humanité à travers elle en donnant le Messie attendu.
C’est cette grâce de Dieu – ce don de Dieu- qui est la source et la raison de la joie d’Elisabeth et la joie de Marie.
Il suffit de lire : le Magnificat de Marie est d’un bout à l’autre une louange magnifique de l’action merveilleuse de Dieu pour elle et pour tous les humbles et pauvres en Israël : celle de donner enfin le messie attendu, le libérateur, le sauveur.
Marie s’émerveille et exprime sa certitude que d’autres s’en émerveilleront comme elle, avec elle : « Désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse parce que le Tout Puissant a fait pour moi des grandes merveilles »

Voilà dire à quelqu’un « heureux est tu » « bienheureux est tu es pleinement biblique si tu veux dire heureux est tu pour ce que le Seigneur a fait, fait ou fera dans ta vie.

Est-ce qu’il faut le rappeler ? Jésus lui-même parle ainsi dans les Béatitudes c.à.d. au cœur de son message :
Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux ceux qui pleurent….
Pourquoi ils sont heureux ? Non pas à cause de leur pauvreté ou de leur chagrin.
Non…parce que Dieu agira pour eux. Dieu viendra à leur secours. Dieu leur fera justice. Agir comme Dieu envers les pauvres, envers ceux qui pleurent, choisir la douceur et la compassion et non pas la force et la violence pour habiter la terre, devenir artisan de paix et de justice,
voilà ce que Jésus proclame comme un chemin ouvert à l’avenir de Dieu, un chemin à emprunter avec lui, à sa suite, comme un chemin de joie, un chemin où Dieu nous donnera sa joie, Heureux es-tu, bienheureux es-tu si tu choisis ce chemin avec moi, nous dit Jésus.

Revenons à Marie. Elisabeth lui dit bienheureuse pour une autre raison : « Bienheureuse celle qui a cru que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur, s’accomplira »
Elisabeth lui dit bienheureuse à cause de sa foi, de sa confiance dans la parole de Dieu.
Voilà en quoi Marie est pour nous un exemple à suivre.
Croire comme Marie, croire avec Marie, oui, un protestant peut le dire, bien sûr ! Elle est notre sœur aînée dans la foi, selon l’Evangile.

Mais tout n’est pas dit sur Marie. Il y a encore à dire, aussi pour nous protestants !
Elle est aussi, selon Elisabeth, « une femme béni plus que toutes les femmes ».
Quel est ce plus ?
Ce plus est selon Elisabeth le fait qu’elle est devenu la mère du Messie, la mère de notre Seigneur.
Luther dit avec humour et un brin de provocation d’elle dans son commentaire élogieux sur le magnificat : « Elle est la seul femme qui, avec Dieu, un enfant et quel enfant ! »
Marie est unique à cause de son enfant.
A cause de son lien unique et biologique avec le mystère de l’incarnation ‘Dieu fait homme’.
Marie nous rappellera toujours ce qui est cœur de la foi chrétienne : que Dieu est devenu homme pour venir à notre rencontre et pour nous sauver.
C’est cela le mystère et la fête de Noël : Dieu devenu homme pour sauver l’homme.
Marie enceinte du Fils de Dieu est le grand témoin de l’incarnation, du mystère de Dieu fait homme. Elle est la mère de notre Sauveur. Et pour cela elle est unique parmi toutes les femmes.

Ce n’est pas la naissance d’une femme restée vierge qui est le grand miracle. Ce n’est pas la virginité de Marie qui est important pour notre foi. C’est l’incarnation de Dieu.
La virginité de Marie nous dit symboliquement que Jésus a entièrement son origine en Dieu ; qu’il a été donné au monde par Dieu lui même. Jésus est d’abord le Fils du Père céleste.
Et c’est pourquoi il est plus qu’un homme, plus qu’Elie, plus qu’un prophète.

Marie serait restée vierge toute sa vie ? Nous venons de le dire : ce n’est pas la virginité de Marie qui est importante, c’est son fils, c’est Jésus, sa pleine humanité et son origine en Dieu, son unité profonde avec le père qui est la source de notre salut.
L’écriture – l’évangile de marc ch 6 par exemple- parle des frères et sœurs de Jésus. En faire des cousins et des cousines pour préserver à tout prix la virginité de Marie c’est à nouveau mettre le témoignage de l’Ecriture au service du dogme catholique et de sa piété.

Il faut conclure :
Pour nous, Marie est la Mère de notre Sauveur. En cela elle est bienheureuse.
Elle est unique parmi les femmes et toutes les mères à cause de son fils aîné, Jésus, que nous croyons et proclamons comme le Messie d’Israël et le Fils de Dieu, lumière de Dieu pour le monde, Lumière issue de la Lumière pour nous sortir du brouillard, lumière qui peut éclairer et éclaire déjà, tout homme, toute femme qui cherche Dieu, qui cherche son frère en humanité, qui aspire à l’espérance pour sa vie et pour le monde, qui désire apprendre à aimer, qui veut connaître dans sa vie la joie du cœur, la joie imprenable, la joie de Dieu.

J’aimerais terminer avec ceci : plus que ressembler sa mère Jésus ressemble d’abord son père. C’est essentiel à notre foi. Jésus a dit lui même : « qui m’a vu a vu le père » !
Mais Jésus ressemble aussi sa mère.
Il a un jour parlé de son caractère, de son for intérieur en disant – c’est un passage unique dans les évangiles : « je suis doux et humble du cœur ».
Marie a parlé d’elle même dans ces termes : « je suis la humble servante du Seigneur ».
Marie a été une femme d’une grande humilité devant Dieu et devant Sa Parole.
Cette humilité, sa foi en Dieu peut être aussi sa douceur ont marqué son fils aînée Jésus, jusque dans sa personnalité et sa foi en Dieu.
En Jésus, dans sa foi et dans sa personnalité, nous voyons sans doute aussi ce qui a été la beauté et la profondeur de la foi et de la personnalité de Marie.
Bienheureuse mère de notre Seigneur et Sauveur !

AMEN