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« Le Seigneur guérit l’étranger, il convertit les puissants », par Catherine Axelrad

Cultes du dimanche 1er janvier 2017

Lectures :

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que le grand Général Naaman a eu bien de la chance - il faut croire qu’il n’était pas si désagréable, que les gens l’aimaient bien malgré son orgueil. En tous cas ses serviteurs l’aiment bien et essaient de l’aider à plusieurs reprises : la petite servante, les hommes de son escorte… et non seulement ils essaient de l’aider, mais sans eux il serait toujours en Syrie en train de se gratter. J’en profite pour préciser que le mot que la bible traduit par lèpre – la NBS Segond le met quelquefois entre guillemets – ce mot est utilisé pour toutes sortes de maladies de peau (et c’est pareil dans l’évangile) – ce n’est pas forcément une lèpre qui tue – il s’agit souvent de maladies qui se voient, qui font peur et qui du coup éloignent tous les autre êtres humains du malade – quelqu’un qui est atteint d’une maladie de peau dans la région à cette époque est considéré comme impur – on l’a bien entendu au moment de la guérison : il fut purifié) – et nous savons aussi que les maladies de peau peuvent avoir une origine psychosomatique.

La maladie dont souffre Naaman, on ne sait pas si elle met sa vie en danger ; mais si l’on regarde d’un peu plus près son comportement, une chose est sûre, c’est que ce grand général syrien, ce vaillant guerrier comme dit le texte, cet homme se conduit très mal. Revenons un peu sur le début de cette histoire, car il est étonnant : le début de cette histoire, on ne nous le raconte pas, il est sous-entendu : le début de cette histoire, c’est une razzia – une de ces expéditions horribles comme il en existe encore aujourd’hui, où les ennemis viennent enlever les femmes et les enfants du pays d’à côté, les arracher à leur patrie et à leur famille, pour en faire des esclaves -des esclaves sexuelles quand ce sont des femmes, des esclaves tout court quand ce sont encore des enfants et qu’elles ont de la chance. Cette petite fille arrachée à sa famille, le grand général araméen – syrien – l’a gardée pour chez lui, en cadeau pour sa femme. En cadeau pour sa femme, comme si c’était normal. Oui, dans le texte, tout cela a l’air tout à fait normal – mais pour moi, et je pense pour beaucoup de personnes qui ont lu ou entendu ce texte au fil des siècles, ce Naaman, franchement, au début de l’histoire, il pourrait bien mourir de sa lèpre ou d’autre chose, ce ne serait pas une grande perte. Mais pour son roi à lui, ce serait une grande perte ; et quand son roi entend parler de cette possibilité de guérison, bizarrement, il y croit. Il n’y comprend pas grand-chose, il s’adresse au Roi d’Israël parce qu’il ne sait pas qui est le prophète Elisée, mais il se dit que ça vaut la peine d’essayer. Et dans cette situation de trêve momentanée entre les deux pays, quand le Roi d’Israël reçoit la demande de guérison, c’est tout à fait normal qu’il ait peur : Voilà, le voisin me demande quelque chose d’impossible, et comme je ne vais pas pouvoir guérir son général, il va me le reprocher et ce sera encore un prétexte pour nous faire la guerre : « Constatez, je vous prie, qu’il me cherche querelle ! » Encore des massacres pour mon peuple, encore des prisonniers, encore des razzias. Oui, il y a de quoi déchirer ses vêtements.

Pourquoi le deuxième livre des Rois nous raconte-t-il que cette petite servante est-elle allée raconter que le prophète pouvait guérir notre ennemi ? Pourquoi ? Pour la même raison qu’il nous raconte l’intervention d’Elisée : pour nous montrer qu’un étranger – un ennemi, et pas n’importe lequel – un général – peut reconnaître la grandeur du Dieu d’Israël. Le texte nous le dit, toutes ces personnes, volontairement ou involontairement, ensemble ou séparément, travaillent dans le même sens : aider un étranger à guérir, et ainsi, en l’aidant gratuitement, l’aider à reconnaître la grandeur du Seigneur Yahvé. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont animés par l’Esprit du Seigneur – même les propres serviteurs de Naaman, qui essaient de le calmer et de l’encourager quand il se fâche et veut repartir.

Et heureusement qu’ils sont tous, qu’ils le sachent ou non, animés par l’Esprit de Dieu – parce que pour aider Naaman, reconnaissons-le, ce n’est pas une petite affaire. Non seulement ce général est arrivé en étalant ses richesses et ses beaux vêtements, mais il exige d’être reçu avec les honneurs – quand Elisée lui envoie un messager au lieu de le recevoir lui-même, il se vexe ! Il voulait une démonstration de puissance, et c’est dans le petit Jourdain qu’on l’envoie se laver. Il est sur le point de partir, et qui sait ce qui pourrait se passer, encore une guerre peut-être ? Il pourrait rentrer en disant « Leur prophète n’a même pas voulu sortir pour me recevoir, quel affront ! » Et voilà que le miracle se produit – le vrai miracle, le plus important, se produit dans son coeur : le miracle c’est que le fier Naaman descend de son équipage, il enlève ses riches vêtements, il se met complètement nu - et il se plonge sept fois – sept fois – c’est un chiffre symbolique, mais de toutes façons il faut bien ça pour le transformer, cet homme qui était tellement sûr de lui, tellement convaincu de sa supériorité – il se plonge sept fois dans cette petite rivière d’Israël qui lui paraissait si méprisable. Et il en ressort en effet purifié, purifié dans son corps mais surtout purifié dans son cœur. Purifié - et donc transformé : il pourrait partir directement, mais il est transformé – il est retourné - c’est le mot qui est utilisé en hébreu pour parler de la conversion. Naaman le syrien est converti ; il retourne dire merci - comme le Samaritain, encore un étranger, le seul qui est allé dire merci à Jésus – et comme il est sincère, il reconnait immédiatement que derrière le prophète c’est la puissance du Dieu unique d’Israël qui a agi. Sa conversion au Dieu d’Israël est immédiate, entière et publique : il la proclame devant Elisée mais aussi devant toute sa suite ! Et cette conversion concerne aussi la terre d’Israël : cette terre qu’il méprisait, sur laquelle il venait tuer et voler des femmes, voilà qu’il veut en rapporter un peu avec lui pour en faire un autel. Mais le lecteur pourrait s’interroger, comme on s’interroge toujours face à une conversion : oui, il est sincère, mais que va-t-il se passer ensuite ? Quand il rentrera chez lui, chez son Roi, peut-être qu’il oubliera. Peut-être qu’il jettera la terre dans un coin, peut-être qu’il retournera adorer les idoles araméennes ? Peut-être que, comme tout le monde, parce qu’il est impossible de faire autrement, il sera obligé de faire des compromis entre les exigences de sa foi en YHWH et les nécessités, les aléas de sa vie ? Et justement lui-même y pense, lui-même se pose la question – et pour moi c’est le moment le plus émouvant, le moment où on voit que Naaman a vraiment changé : je vous relis le texte : « Je ne veux plus offrir ni holocauste, ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur YHWH. Que Yhwh me pardonne cependant ceci : quand mon Seigneur (son Roi) se rend dans la maison de Rimmon (le dieu araméen) quand le roi se rend dans la maison de Rimmon pour s’y prosterner et qu’il s’appuie sur mon bras, je me prosterne aussi dans la maison de Rimmon. Que Yhwh me pardonne donc lorsque je me prosternerai dans la maison de Rimmon. Elisée lui dit « Va en paix ». Alors il le quitta.

Il y a tout dans ces quelques phrases, toute notre condition d’êtres humains sincèrement croyants. La foi ardente et sincère qui nous anime souvent, le désir d’obéir totalement à cette foi, de servir Dieu et nos frères sans jamais penser à nous-mêmes, et en même temps la conscience que cela ne nous est pas possible, que nous sommes obligés de faire des compromis, de penser à notre famille, à nous-mêmes, et nous savons bien que notre vie en société ne nous permet pas une conversion aussi radicale que nous le voudrions quelquefois. Et ce que le texte nous dit par la bouche d’Elisée, ce n’est pas que cela nous est permis, c’est que même si nous trahissons les exigences de notre foi, Dieu ne nous en veut pas. C’est un déchirement en nous-mêmes dont nous souffrons souvent, comme Naaman va souffrir quand il s’inclinera avec son vieux roi devant la statue de Rimmon, alors qu’il voudrait maintenant rendre un culte au seul Dieu d’Israël ; les exigences de notre foi ne se formulent pas de manière identique aujourd’hui, mais elles existent toujours, nous les trahissons toujours et nous aussi, comme Naaman, nous en souffrons et nous le regrettons.
Nous nous sentons coupables quand nous n’invitons pas tous les miséreux du quartier à manger avec nous ; nous savons que nous trahissons le Christ quand nous laissons un être humain dormir dans le froid – nous nous sentons coupables et d’une certaine manière nous le sommes – mais si nous sommes sincères, comme Naaman, sincères dans notre foi et dans nos efforts, nous savons que, comme Naaman, nous sommes pardonnés – ce pardon qui nous est redit à chaque culte c’est le même que celui que Naaman demande à Elisée, et qui lui est annoncé.

En ce début d’année – une année qui ne s’annonce pas plus facile que la précédente, une année pendant laquelle nous serons certainement appelés à discerner notre devoir d’êtres humains chrétiens et à l’accomplir, je vous invite à relire ce texte quand vous aurez un peu de temps – 2 Rois chapitre 5 – et la suite aussi est intéressante – pour admirer la manière dont Dieu transforme le cœur de Naaman, pour prendre conscience avec Naaman de toutes nos petites compromissions humaines, pour entendre Elisée nous répondre « Va en paix », pour le remercier et lui demander de continuer à nous transformer.

Amen.
Catherine Axelrad