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« 2000 ans après, nous aussi sommes des disciples », par Loup Cornut

Culte du dimanche 23 avril soir

Lectures :

Nous sommes à peu près dans la même configuration que les disciples ce soir. Dans le texte de l’évangile de Jean que nous venons de lui, on nous dit que la scène se déroule au premier soir de la semaine ; comme c’est notre cas aujourd’hui ; car n’oublions pas que la semaine chrétienne commence le dimanche.
Donc, les disciples sont réunis. Il ne nous est rien dit du lieu, mais tout laisse à supposer qu’il s’agit de la maison de l’un d’entre eux. C’est un lieu familier qui doit être convivial et dans lequel ils se sentent bien. Le fait qu’ils s’y sentent bien est d’autant plus important que le texte nous dit qu’ils sont habités par la crainte ; depuis la mort de Jésus, les disciples redoutent les juifs et craignent qu’ils ne leur fassent subir le même sort que celui qu’ils ont fait subir à Jésus.
Les disciples sont dans la crainte, mais ils sont rassemblés dans cette maison.

Fort heureusement pour nous, nulle crainte autour de nous, nous pouvons vivre notre foi pleinement et ouvertement. Nous aussi sommes réunis, comme un groupe de disciples, dans notre maison à tous. Bien sûr, nous sommes dans un temple, ou dans une chapelle, selon le nom que chacun donne à ce lieu. Mais, ne nous trompons pas : il s’agit bien là d’une maison pour chaque croyant. Chaque personne qui entre ici y est accueillie comme chez elle. Que vous soyez des familiers ou que vous veniez pour la premier fois dans ce temple, dans cette église, vous êtes ici chez vous. Vous y êtes chez vous car c’est le Christ qui nous invite et nous y réunit. C’est pour cette
raison que je nous ai invité toute à l’heure, au début de notre culte, à nous saluer et surtout à nous accueillir mutuellement. Chacun est ici chez lui ; c’est aussi sa maison.

Comme nous, les disciples (mais c’est plutôt nous qui sommes à leur image) sont réunis de façon fraternelle autour d’une absence : celle de Jésus. Pendant plusieurs années, ils ont évolués ensemble et se sont petit à petit constitué comme groupe puis comme communauté autour de Jésus. Ils ont accompagnés chaque jour et ont vécu avec Jésus qui enseignait et qui accomplissait des miracles. Pendant plusieurs années (pour les plus anciens), leur vie quotidienne était commune à celle de Jésus. Ils ont cru en lui, ils ont été témoins de miracles. Ils étaient convaincus que Jésus était le messie qu’ils attendaient. Et puis à Pâques, tout a basculé : leur ami, le messie annoncé, était arrêté, condamné et mis à mort de la façon la plus ignominieuse qui soit pour l’époque. C’est celui en qui ils avaient placé toute leur espérance qui est fauché dans la vigueur de ses 30 ans.
Au soir de notre récit, les disciples sont dans la crainte (nous l’avons dit) mais surtout dans le deuil et l’incompréhension.

En effet, nous sommes peut-être allés un peu vite, la semaine dernière, à la lecture des textes de Pâques et nous avons déjà célébré Jésus ressuscité. Le temps liturgique, et les textes de ce dimanche, nous invitent à marquer une pause, à suspendre le temps, comme pour mieux entrer dans le doute et le deuil vécu par les disciples. De là, la résurrection n’en sera que plus glorieuse.
Effectivement, dans ce texte, nous sommes bien au dimanche de Pâques, mais nous prenons le temps d’imaginer l’état d’esprit dans lequel se trouvent les disciples. Ils sont certainement dans la peine, mais aussi dans l’incompréhension : comment le messie a-t-il pu être mis à mort ? Et surtout, ils doivent craindre pour leur propre vie : c’est bien ce que nous dit ce texte de Jean : l’endroit dans lequel se trouve les disciples est fermé par crainte des Juifs. A leur tour, ils craignent pour leur corps, ils craignent pour leur vie.
Faisons silence un instant pour tenter de nous représenter la peur qui a envahi leurs esprits et leurs corps.

Et c’est là que, d’un coup, sans crier gare, comme une césure brutale dans leur vie, Jésus se tient debout au milieu d’eux. Sans aucune explication sur comment cela a été rendu possible, sans aucune entrée en matière : Jésus est là, debout. Il est là, debout, parmi eux. Je ne voudrais pas nous mettre sur les chemins de traverse des explications linguistiques, mais il me semble important de nous arrêter sur ce mot « debout ». C’est en effet sur ce simple mot que se joue la résurrection. En grec, le mot utilisé ici peut rendre l’idée d’être debout, de se relever, et par extrapolation, de se relever de la mort ; il nous met sur l’idée de la résurrection. Celui qui est debout peut être celui qui est ressuscité ; un même mot pour rendre la puissance du triomphe sur la mort.
Ce mot, nous le retrouvons dans d’autres textes, et je pense en particulier à la résurrection de la fille de Jaïros. Jésus est appelé au chevet de cette enfant qui est mourante. Lorsqu’il arrive, les serviteurs de la maison vont au-devant de lui pour lui annoncer que la petite fille est déjà morte. Jésus n’en a cure et se rend au chevet de l’enfant à laquelle il ordonne de se lever : talita boum !
« Lève-toi » lui dit-il. Et le récit nous dit que l’enfant se lève et se met à le servir. Elle est passée de la station allongée de la mort à la position verticale « debout » qui la rend bien vivante, à tel point qu’elle peut immédiatement reprendre des activités normales, du quotidien.
La position debout est la marque de la victoire sur la mort ; si Jésus apparaît debout parmi les disciples, c’est bien qu’il n’est pas mort, qu’il n’est plus mort puisque sa mort avait été constatée. Il est debout et il leur parle : il est vivant ! Vivant, et pleinement vivant, en chair et en os dirait-on. Car, en effet, ce n’est pas un simple esprit qui s’adresse aux disciples, ce n’est pas un fantôme comme certains personnages l’imaginent dans d’autres récits. C’est Jésus, le Jésus terrestre qui est avec eux ce soir-là.
Notre récit ne nous le dit pas, mais d’autres récits de l’apparition du Christ ressuscité aux disciples relatent qu’il a mangé avec eux. C’est l’expression la plus complète de l’intégrité de son corps charnel (même si cette expression peut sembler redondante) : Jésus ressuscité a un corps qui connaît toujours les mêmes besoins : boire et manger.
C’est la preuve la plus parfaite qu’il a triomphé de la mort : son corps est là, mais marqué par l’épreuve qu’il a traversé : il porte les traces des stigmates. Stigmates que Thomas va d’ailleurs exiger de voir pour reconnaître qu’il s’agit bien du Christ ressuscité.
La posture de Thomas est révélatrice, elle permet d’insister sur un élément du récit que nous aurions peut-être laissé de côté autrement, sur lequel nous serions passés trop vite. Les disciples ne reconnaissent pas Jésus au premier coup d’œil. Dans le récit qui précède celui que nous lisons aujourd’hui, nous est rapportée l’apparition du Christ Ressuscité à Marie de Magdala. Elle ne le reconnaît pas lorsqu’il se présente à elle dans le jardin. Elle croit tout d’abord avoir à faire au jardinier, puis à un maître, mais pas à Jésus. Marie de Magdala franchit plusieurs étapes avant de le
reconnaître : c’est le chemin de la foi, sur lequel elle avance, sans comprendre de prime abord ce qui se joue sous ses yeux.

Il en est de même pour les disciples : ce n’est qu’en voyant ses stigmates que les disciples le reconnaissent. Jésus échappe à la représentation que les disciples avaient de lui. Il ne leur apparaît pas sous une forme qui leur permettrait de le reconnaître immédiatement. C’est par le témoignage, les traces, les preuves de sa mort qu’il se révèle à eux.
Thomas lui, prend un chemin différend : Thomas ouvre la voix à tous les disciples ultérieurs et aux disciples que nous sommes nous-mêmes aujourd’hui. Thomas n’est pas présent lorsque le Christ apparaît aux disciples ce dimanche soir. Thomas n’est pas là, il est absent. Il est absent comme le seront tous les croyants par la suite. Du coup, lorsque les disciples lui racontent que Jésus ressuscité est venu leur rendre visite, Thomas, avec ses vues humaines, ne peut pas le croire. Il dit qu’il ne croira que s’il peut voir et toucher les plaies du Christ. Thomas se pose en interrogateur de
la résurrection : si Jésus est à nouveau là, peut-être n’était-il pas mort. Pour que la résurrection soit crédible, il faut qu’il y preuve que la mort a bien eu lieu : d’où l’exigence de voir et de toucher les stigmates.
Pourtant, lorsque Jésus apparaît devant lui, il le reconnaît instantanément : contrairement, aux autres disciples, il n’a pas besoin que Jésus lui montre les plaies pour reconnaître en lui le Christ ressuscité. Il attendait de voir Jésus : mais la foi était déjà à l’œuvre. Jésus l’invite à passer de l’incrédulité à la foi « ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! » Par sa parole, Jésus permet à Thomas de passer du doute à la confession de foi. En effet, Thomas lui répond « mon Seigneur, mon Dieu ! » C’est d’ailleurs le seul passage dans lequel Jésus est appelé et reconnu comme Dieu.

Thomas est le disciple que chacun de nous est : nous sommes au bénéfice du récit de la résurrection mais nous ne l’avons pas vue de nos propres yeux. Par contre, nous avons attendus Jésus, nous avons demandé à le voir vivant et il s’est présenté à nous, dans une rencontre qui a bouleversé nos vies. Thomas est comme chacune de nous qui croyons sans avoir vu.

Jean, qui écrit vraisemblablement à la fin du premier siècle, sait bien que les nouveaux croyants ne pourront être témoins de la résurrection. Ils ne posséderont que les témoignages qui deviendraient le terreau de leur foi. Tout comme les disciples ont expérimenté la présence du Christ ressuscité et ont reçu une vie nouvelle, il en sera de même pour ceux qui croiront sur la base des récits.

Dans le texte, si riche, que nous partageons aujourd’hui, il est un passage sur lequel je ne me suis pas encore arrêtée : le récit nous dit « Jésus souffla sur les disciples et leur dit « recevez l’esprit saint » ». Ce souffle que Jésus ressuscité insuffle aux disciples est un souffle créateur, le même que celui de la genèse par lequel Dieu insuffle la vie à Adam. C’est une nouvelle création qui se joue : le rapport à la vie et à la mort est renversé : la mort n’est plus. Par leur foi et la participation à la vie du ressuscité qu’elle offre, chaque croyant accède déjà à la vie éternelle. C’est une des lignes de force de l’évangile de Jean : tout croyant est d’ores et déjà au bénéfice de la vie éternelle.
Cet esprit que le Christ souffle sur ses disciples est décrit dans un terme que bien des traducteurs renoncent à traduire : le plus souvent il est légèrement francisé par rapport à sa version grecque originale : il est désigné sous le nom de Paraclet.
Présent uniquement chez Jean, le Paraclet s’applique d’abord à Jésus, qui se désigne lui-même ainsi de son vivant : il est parole vivante, il est le Verbe. C’est par la Parole que tout se joue, c’est par la Parole que le Christ agit et qu’il peut continuer à agir 2000 ans après sa mort. Il ne s’agit plus de voir mais d’entendre et de témoigner.
C’est par la force du Paraclet que Jésus peut encore se rendre vivant.

Au bénéfice des témoignages de la résurrection et remplis du souffle du Paraclet, nous sommes aussi des disciples. Et cette Parole reçue qui fait de nous des disciples, nous invite, comme ce fut le cas aussi pour eux à passer de la crainte et de l’enfermement à la joie et à la responsabilité. La responsabilité qui est la nôtre d’annoncer la Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus. Nous aussi, rassemblés en ce dimanche soir comme l’étaient les disciples, dans cette maison qui est la nôtre et dans laquelle notre communauté se rend visible, recevons, avec la même force que celle avec lesquelles les disciples l’ont reçu cette exhortation du Christ : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

Amen
Loup Cornut